Claude Nicolet
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Islamisme en France : «Les yeux commencent à s'ouvrir», selon Claude Nicolet (Nation citoyenne)

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Catégorie : Prises de positions
le 19 Novembre 2020

Mon interview donnée le 6 novembre 2020 à Bastien Gouly pour RT France : https://francais.rt.com/france/80477-islamisme-france-yeux-commencent-s-ouvrir-selon-claude-nicolet-nation-citoyenne

La République doit faire sentir tout le poids de sa puissance

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Catégorie : Prises de positions
le 19 Novembre 2020

Ma tribune parue 26 octobre sur le site de Marianne.

La barbarie islamiste nous a encore frappé. Cette fois-ci c'est un enseignant, Monsieur le professeur d'histoire-géographie Samuel Paty. Fonctionnaire de la République, de cette République inséparable de l'idée que nous nous faisons de la nation, de cette nation dont beaucoup de ceux qui ont la charge disaient il y a encore si peu de temps, qu'elle était obsolète.

La République intraitable

Aujourd'hui, la parole se libère car l'horreur du crime ne se limite pas à son abjection. Elle touche chacun d'entre nous au plus profond de ce que nous sommes.

Nous avons tous des souvenirs d'école, de collège ou de lycée. Nous avons tous des souvenirs d'un ou de plusieurs professeurs qui ont changé le cours de notre vie, dont nous conservons un souvenir éblouissant parce qu'à l'occasion d'un de leur cours nous avons découvert un univers insoupçonné celui de la connaissance c'est à dire celui de la liberté. Et puis l'école c'est aussi les copains et les copines, nos premiers flirts, nos premières amours, les amitiés à la vie à la mort...

La laïcité, intraitable assurait à chacun la possibilité de rencontrer son destin

Le massacre de Mr Paty c'est aussi le massacre de tout cet univers, de tout cet imaginaire. Celui dans lequel des générations de parents plaçaient l'espoir d'un avenir meilleur pour leurs enfants. Celui ou les meilleurs de leur génération pouvaient penser accéder aux plus hautes fonctions dans la société. C'était cet imaginaire qui abritait toutes les ambitions pour chacun et pour toute la nation. L'école c'était le temple de la République que ses hussards noirs avaient mission d'inscrire dans les esprits come la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen l'était dans le marbre de l'Egalité, de la Fraternité et de la Fraternité. La laïcité, intraitable assurait à chacun la possibilité de rencontrer son destin tant la République portait cette volonté d'offrir à chacun la capacité et la possibilité de s'arracher à sa condition.

De Victor Hugo à Louis Malle, de Jules Ferry à Chevènement, de Pagnol à la guerre des boutons, de Gavroche aux 400 coups, de monsieur Louis Germain à Albert Camus...ce professeur, cet homme de bien est une nouvelle victime du fascisme islamiste sur notre territoire. La décapitation de Mr Paty, signifie également très clairement, la haine, le rejet viscéral de cet imaginaire, de cet univers. C'est une rupture totale. De très nombreux Français l'ont immédiatement compris, de façon quasiment instinctive.

Et aujourd’hui, la parole se libère et les témoignages désormais se multiplient, par dizaines, par centaines voire par milliers sur la réalité de la situation. Dans nos services publics, dans le monde de la santé, dans l'éducation, dans les organisations syndicales, dans nos entreprises, dans les transports...Celles et ceux qui dénonçaient, qui mettaient en lumière, qui alertaient...étaient décrétés racistes, islamophobes, voire d'extrême droite quand d'autres étaient tout simplement menacés de mort et placés sous protection policière. Même cette inversion des valeurs n'affectait pas l'aveuglement qui couvrait la lâcheté qui était devenue un système.

Rétablir le patriotisme républicain

Il faut dire qu'à force d'avoir dévalorisée la Nation, la République, la citoyenneté, le patriotisme républicain pour s’engager dans la fuite en avant dans la mondialisation financière et néolibérale, il était très pratique de laisser tout une partie de nos concitoyens se faire engloutir et dévorer par une idéologie fascisante les renvoyant à une idéologie reconstruisant une origine totalement fantasmée et totalitaire. Laissant les autres à l’influence de l’extrême droite.

A quoi bon leur demander de croire à la République, à la France, à la Patrie puisque tout cela n'existe plus en réalité, puisque notre avenir c'est l'Europe, c'est le monde, c'est le consommateur, c'est l'argent? Voilà quarante ans de politique à revoir.

Mais après Charlie Hebdo, après le Bataclan, après l'Hyper-casher, le massacre de Mr Paty humble fonctionnaire parce qu'il croyait dans la mission que la République lui avait confiée et le symbole de ce choc frontal entre le fascisme islamiste et la France dans son identité républicaine qui refusent de disparaitre.

Il convient alors de revenir à l'essentiel et de nous dire que la France est notre Patrie et reste notre avenir. Qu'elle reste le meilleur moyen de faire le lien avec l'universel et d'emprunter les chemins de la Liberté. Alors oui, la République doit faire sentir tout le poids de sa puissance sur la nuque des fascistes.

Beaucoup doivent faire aujourd'hui un sévère examen de conscience car la République est une exigence. Le voile est aujourd'hui définitivement déchiré et chacun voit clairement le champ de bataille qui se découvre à son regard. Nombreux étaient nos concitoyens qui n'étaient pas entendus malgré leurs cris de détresse mais on ne voulait pas les entendre et finalement ils comptaient si peu.

Aujourd'hui la situation exige non seulement des paroles, indispensables à la bataille culturelle et idéologique mais aussi une prise en charge de la rigueur républicaine

Tout cela est terminé ! Partout la parole se libère, y compris dans les classes moyennes elles aussi victimes de la situation culturelle, économique, sociale, identitaire d’aujourd’hui. Elles qui étaient le socle de la République depuis des générations.

Aujourd'hui la situation exige non seulement des paroles, indispensables à la bataille culturelle et idéologique mais aussi une prise en charge de la rigueur républicaine inséparable de l'affirmation de la reprise en main de notre souveraineté, c'est à dire de notre capacité à nous définir comme étant un peuple libre et une nation citoyenne.

Claude NICOLET
Président de "La Nation citoyenne"

Cette crise est sanitaire, mais aussi sociale, culturelle, économique et politique

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Catégorie : Prises de positions
le 25 Mai 2020

Ma dernière tribune parue ce jeudi 22 mai sur le site du Figaro.

Le débat qui commence à se poser dans notre pays, est probablement déterminant pour notre avenir. Il est le résultat de deux phénomènes immédiats qui nous sont extérieurs dont les conséquences nous touchent ou nous toucheront de plein fouet. La pandémie du COVID-19 et la décision du tribunal constitutionnel de Karlsruhe du 05 mai dernier(1). Mais les véritables causes sont anciennes et c'est un vieux débat qui remonte pour le moins à 1991 c'est à dire au référendum sur le traité de Maastricht. Aujourd'hui, l'idéal rencontre le réel et ce choc est dévastateur.

Mais ce débat doit impérativement être posé dans de bonnes conditions afin qu'il puisse faire l'objet d'un choix clair et que nos concitoyens se déterminent en toute connaissance de cause. Ce débat doit être ambitieux car il concerne « la grande politique et pas la politique politicienne » comme l'a dit très justement Marcel Gauchet il y a quelques jours(2).

De quoi s'agit-il ?

De sortir de l'ornière dans laquelle nous sommes embourbés depuis plus de trente ans et qui pose la question même du sens et de l'avenir de la République donc de la France. Il convient de reprendre le cours de notre histoire. Trop de soubresauts à chaque fois plus violents nous disent clairement que la situation est intenable.

Crise après crise tout y passe depuis des décennies. Protection sociale, santé, laïcité, sécurité, industrie, identité, intégration ou assimilation, transmission, éducation...La mondialisation heureuse devait s'accompagner de la fin de l'histoire et de la paix perpétuelle, rarement notre société n'a été aussi angoissée. La main invisible du marché et le transfert du pouvoir politique, celui des peuples et des nations qui se pensaient « souverains »  allaient nous extraire du vieux monde, de ses souffrances et de ses conflits. La consommation devenait le nouvel horizon de la citoyenneté, comme un anesthésiant nous soulage de la conscience.

Or la crise sanitaire fait réapparaître la nation ainsi que l'exercice de la souveraineté comme étant deux catégories politiques non seulement inséparables mais également centrales. Ce qui est également le cas de l'autre côté du Rhin avec la décision de Karlsruhe qui rappelle aux gouvernants leurs responsabilités et à Angela Merkel que la souveraineté appartient au peuple allemand. Dans les deux cas, ces catégories politiques sont au cœur de nos identités, voire de nos imaginaires nationaux puissamment réactivés.

En France le rôle et la fonction de l'État dans sa relation avec la Nation. En Allemagne la question monétaire et budgétaire face à l'éventualité d'une dette hors de contrôle et de la peur de l'inflation qui pourrait en résulter. Préserver les épargnants et les retraites d'une population vieillissante n'est pas uniquement un enjeu économique et social pour les Allemands. C'est aussi la nécessité de repousser toujours plus loin les cauchemars qui ne cessent de hanter leur imaginaire national.

Dans un cas comme dans l'autre, l'erreur serait de penser que ces manifestations correspondent à de vieux réflexes « nationalistes ». Nous pouvons d'ores et déjà entendre un certain nombre de commentateurs nous servir le traditionnel discours sur « le repli nationaliste, les égoïsmes nationaux voire les fameuses heures les plus sombres de notre histoire », bref, le fascisme guette. Mais à refuser d'entendre que les nations frappent à la porte et refuser de leur ouvrir, ce sont les nationalismes qui finiront par entrer à la maison comme l'indique fort justement Stéphane Rozès tout en « réactivant notre dépression nationale » (3).

Or, le rêve fraternel d'une « Union toujours plus étroite » transporte un passager clandestin, le néolibéralisme. Traité après traité, même si les peuples n'en veulent pas (29 mai 2005) ils se voient contraints d'en avaler l'amère potion (traité de Lisbonne en 2008). Et tel un acide, la fracture entre les citoyens et leurs représentants s'accentue et se conclue par cette phrase terrible d'une infirmière au président de la République ce 16 mai: « On est désespérées, on ne croit plus en vous » (4).

La rupture est-elle définitive ?

Quoi qu'il en soit, il faut faire vite car le néolibéralisme discrédite l'idée républicaine dans la mesure où elle ne peut remplir les promesses qu'elle porte et que les Français projettent en elle et qui participe de sa réalité. Pour que la République existe, les Français doivent aussi et tout simplement y croire et se dire que la République, donc la France c'est toujours leur avenir, donc celui de leurs enfants.

Or chaque jour dans leur vie quotidienne ils sont confrontés à l'inverse. L'exemple des masques chirurgicaux fut à ce titre caricatural. Sans parler des personnels soignants cherchant des sacs poubelles pour se protéger du virus. On sait ce qu'il advient des régimes qui font croire «qu'il ne manque pas un bouton de guêtre » aux soldats partant faire la guerre.

Jean Jaurès est souvent cité et à juste titre dans ce débat qui se noue, notamment son magnifique discours à la jeunesse prononcé au lycée d'Albi le 30 juillet 1903 lors de la remise des prix: « le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » (5). Les Français comprennent très bien le réel dans lequel ils vivent et acceptent de moins en moins ce qu'ils ressentent comme des contraintes qu'on cherche à leur imposer et étrangères à ce que nous sommes. Cette défiance se traduit par cette rupture si précisément résumée par cette infirmière de la Pitié-Salpêtrière. Le peuple français reste décidément, et en dépit de tout, un peuple fondamentalement politique.

Pour Jean Jaurès « sans la République, le Socialisme est impuissant, sans le Socialisme, la République est vide ». 1903-1906 moment de notre histoire où la République s'impose dans un long combat depuis 1870 dans un siècle où la question sociale surgit dans la douleur et de multiples souffrances que Clemenceau avait parfaitement identifié au lendemain du massacre de Fourmies le 01 mai 1891 « il y a quelque part sur le pavé de Fourmies, une tache de sang innocent qu'il faut laver à tout prix »(6). Ce prix c'est celui de la justice sociale et de l'égalité. Autrement dit, la question sociale est consubstantielle à la question nationale donc à l'exercice de la souveraineté. Cette dernière nous échappant, l'espace symbolique d'expression et de résolution des rapports de forces où ils s'expriment disparait. Disparaissant c'est la nation elle-même qui est rongée de l'intérieur par un dispositif extérieur qui se heurte à ce que notre propre "génie" avait mis des décennies voire des siècles à construire. Culpabilisation, doute, angoisse et maintenant illustre ce qu'Henri Guaino a appelé "L'étrange renoncement" (7). Problématique toujours présente parce qu'elle est une permanence: « à ceux qui n'ont rien, la patrie est le seul bien » toujours Jaurès.

La fin d'une illusion

Philippe Séguin avait parfaitement identifié le danger auquel nous étions et sommes toujours confrontés, lorsque montant à la tribune de l'Assemblée nationale, il prononce son discours dans la nuit du 05 au 06 mai 1992, il s'attaque au traité de Maastricht: « Qu'on ne s'y trompe pas, la logique de l'engrenage, économique et politique, mis au point à Maastricht est celle d'un fédéralisme au rabais, fondamentalement antidémocratique, faussement libéral, résolument technocratique. L'Europe qu'on nous propose n'est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution:1992 est, littéralement, l'anti-1789. Beau cadeau d'anniversaire que nous font les pharisiens du Bicentenaire pour les deux cents ans de cette République qu'ils encensent dans leurs discours et ruinent par leurs actes! (…) Car la République, c'est avant tout ce système de valeurs collectives par lequel la France est ce qu'elle est au yeux du monde: il y a une République française comme il y a eu une république romaine. La République est inséparable de la dignité de la personne humaine et de son émancipation, de l'État de droit, de l'équité et de l'égalité des chances. Elle est inséparable de la solidarité nationale, de l'ambition collective nationale, de l'esprit national, de l'indépendance nationale. Elle est inséparable de l'État qui, en son nom, doit arbitrer, rendre la justice, attaquer inlassablement les privilèges, combattre les féodalités, accorder la primauté aux mérites et à la vertu. C'est à dire que forgée dans le même moule, la République n'est pas séparable de la nation. Et tout cela, bien sûr, ne date pas d'hier. » (8)

Voilà ce qui constitue l'imaginaire politique du peuple français, donc de la nation et ce qu'attendent les citoyens de l'État. Or depuis plus de trente cinq ans c'est l'inverse qui leur est servi. Orthodoxie budgétaire, austérité, ordolibéralisme, contraintes extérieures...en compensation on leur offre le « care » la bienveillance, la résilience, la charité, des primes...Dans ce gigantesque tête à queue historique, politique, culturel, les Français ne s'y retrouvent pas. Ils sont dépossédés d'eux-même et de tout ce qui fait le carburant avec lequel nous nous inscrivons dans l'histoire et qui nous propulse vers l'avenir, le tout ne faisant qu'un. Dans ce qu'ils perçoivent comme un gigantesque processus « d'un État en voie de clochardisation» pour reprendre l'expression de Jérôme Fourquet (9), il y a là une immense source d'angoisse mais également de colère collective. Repensons aux Gilets jaunes, aux ronds-points et aux « non-lieux », territoires de relégation, sans identité pour citoyens abandonnés et seuls (10) (11).

C'est en cela notamment que la République est une « exigence » pour reprendre l'expression chère à Jean-Pierre Chévènement. C'est aussi en cela qu'elle est une "espérance". La République dans une certaine mesure c'est la synthèse des deux corps du roi, la Nation et l'État. Le néolibéralisme en fracturant cette synthèse vide la République de sa réalité et de cette incarnation de  l'imaginaire français qui doit être aussi une volonté. C'est pour cela, que même seul à Londres, de Gaulle en juin 40 était la France. Parce qu'il était une volonté en acte alors que Vichy était une circonstance se soumettant aux événements, dominé par une puissance étrangère et sous la botte de l'ennemi.

C'est donc la question même de la République qui est aujourd'hui posée.

Et il faut bien reconnaître que ce qu'on appelle la gauche et la droite, pour une bonne partie d'entre-elles ont largement contribué à l'actuelle situation. Le refus du résultat du référendum du 29 mai 2005 en fut la caricaturale expression ressentie par beaucoup comme une véritable forfaiture. Dès lors (et c'était il y a déjà 15 ans) la droite et la gauche perdaient singulièrement toute réalité et de crédit puisqu'au fond, elles étaient d'accord sur l'essentiel, et affichaient leur subordination idéologique à ce que le pays dans ses profondeurs, refusait alors que lui, au contraire voulait « persévérer dans son être ».

Chevènement lors de la présidentielle de 2002 dans une formule qu'on lui a reproché disait « au dessus de la gauche et de la droite, il y a la République ». Il reconnaissait que la droite et la gauche existaient mais qu'il y avait un cadre qui leur était commun et que c'était de cela dont il fallait d'abord se préoccuper. Ce faisant, il ne faisait que les renvoyer à ce qu'elles étaient devenues(12).

Cette formule de 2002 est sensiblement différente de celle de Macron qui disait en 2017 « je suis de droite ET de gauche » ce qui implicitement voulait dire qu'elles étaient devenues semblables et que leurs différences étaient beaucoup moins importantes que les points communs et les intérêts qui sont les leurs.

Si l'ancien monde a volé en éclat, laissant croire à l'apparition du « nouveau », tout laisse à penser qu'il ne s'agit que de la poursuite d'une longue décomposition. La contradiction est dans les termes même de l'équation « macronienne » de départ. Vouloir rétablir la souveraineté nationale en s'appuyant sur une base électorale et sociologique dont les intérêts se situent dans la préservation du système actuel, ceux du « bloc élitaire » parfaitement décrit par Jérôme Sainte-Marie(13). Le concept de souveraineté européenne magnifique oxymore ne changera rien à l'affaire, si ce n'est rassurer sa clientèle électorale du premier tour de la présidentielle.

Mais aujourd'hui, ce n'est pas la bataille de Montcornet qu'il faut livrer, mais celle de la Marne "sans esprit de recul". Et à l'instar de Clemenceau, des millions de Français, soignants, pompiers, éboueurs, forces de sécurité caissières, transporteurs, celles et ceux qui ont fabriqué des masques en urgence et avec le système "D" qui sauve toujours les Français, plutôt qu'une médaille ils disent légitimement: « Il ne suffit pas d'être des héros. Nous voulons être des vainqueurs! »(14). C'est à dire être mieux payés, respectés, considérés comme des citoyens détenteur de la souveraineté, sources de leur dignité.

Visiter (à juste titre) des hôpitaux, ce n'est pas aller aux tranchées. Il ne faut jamais oublier que toutes les familles françaises ont été marquées dans leur chair par les pertes de la Grande guerre et que mai-juin 40 a marqué au fer rouge notre conscience nationale. Le pèlerinage sur les champs de bataille de l'Aisne où s'est illustré de Gaulle en 40 ne sera pas Canossa. Et il en faudra plus pour que le souverain pontife (le peuple français) lève l'excommunication qui frappe l'empereur jupitérien qui s'est cru Bonaparte mais derrière lequel on craint de percevoir le destin de Louis-Philippe.

Le Salut public plutôt que l'Union nationale ?

Car n'est pas Clemenceau, Jaurès, de Gaulle ou Churchill qui veut. Ces hommes incarnaient des principes en action. Ils n'eurent à un moment donné de leur existence, que la puissance des mots pour leur donner corps et les rendre agissants. Tous ont renversé la table parce qu'ils avaient saisis instantanément la nature du moment qu'ils vivaient. Que l'essentiel était en jeu. Ils furent en lien avec la Nation. Certes, la solitude accompagne parfois la grandeur. Elle peut aussi condamner à l'oubli ou à l'indignité ce qui reviendrait dans le cas présent à accroître les souffrances de la France et des Français.

Nous ne pouvons plus envisager de sortie de crise sans renverser la table. Les éternels rabibochages et les petits calculs ou chacun « cuit sa petite soupe, sur son petit feu, dans son petit coin » nous mèneront au pire. C'est désormais à l'Histoire qu'il faut se confronter et c'est, comme toujours dans les grandes circonstances, sur les épaules de celle-ci qu'il faut se hisser pour entrevoir l'avenir. C'est le moment des choix décisifs. Être l'homme de la Nation ou n'être que le fondé de pouvoir des intérêts de sa clientèle électorale.

Car cette crise n'est pas simplement une crise sanitaire, c'est également une crise sociale, culturelle que Laurent Bouvet à particulièrement bien décrite (15), économique et politique. Cette crise qui vient sera particulièrement violente pour y faire face c'est d'un véritable programme de Salut public dont nous aurons besoin. Mais sur des bases claires qu'il nous a déjà été possible d'exposer (16).

Il faudra que l'esprit et la volonté soit à la période du Conseil National de la Résistance. Le président de la République en a t-il la capacité? Tout semble indiquer le contraire. Si l'objet et de bâtir une majorité "maastrichienne" élargie, on peut d'ores et déjà prédire le résultat, le pays ira de mal en pis jusqu'à la prochaine présidentielle avec une issue dont le pire est à craindre. Mais le temps est un luxe qui nous est compté. Les événements se précipitent (deux arrêts du tribunal constitutionnel de Karlsruhe d'une importance historique juin 2009 "il n'y a pas de peuple européen" et 05 mai 2020 "affirmation du droit allemand sur la Cour Européenne de Justice et "ultimatum" à la Banque centrale européenne) nous obligent à réagir.

Tout s'accélère notamment en Allemagne. Est-ce que l'Allemagne est un problème pour l'Union européenne ou est-ce que l'Union européenne est un problème pour l'Allemagne? L'histoire nous a appris la puissance de la "dialectique identitaire" entre la France et l'Allemagne. Elle peut être féconde comme elle peut être dévastatrice. Il serait illusoire et pour tout dire irresponsable d'imaginer que nous puissions échapper à cette réalité historique, culturelle et politique qui façonne nos destins depuis des siècles. Si Napoléon pensait que la géographie servait à faire la guerre, François Mitterrand croyait pouvoir conjurer le sort par l'intermédiaire de la construction européenne et surtout en acceptant que l'euro devienne un Deutch Mark bis, fusse au prix du sacrifice de notre industrie et de ses salariés. On se souvient de sa fameuse phrase lors de la campagne des élections européennes de 1989, « la France est notre patrie, l'Europe est notre avenir » Ce cycle se termine.

C'est peut-être (restons d'une très grande prudence) ce que le président Macron a commencé à aborder dans son entretien avec le Financial Time (17). Ces enjeux sont gigantesques et nous donnent le choix entre la Nation ou le nationalisme voire la paix ou la guerre. Pour ce faire, il nous faut également le concours de la Russie dont la participation est indispensable comme élément stabilisateur et qui a un rôle à jouer en Europe.

Les semaines qui viennent seront déterminantes et nous saurons si le chef de l'État fait le choix de l'Histoire c'est à dire celui de l'avenir, ou celui des petits arrangements qui préparent toujours les grandes catastrophes.

Claude NICOLET
Secrétaire national du Mouvement des Citoyens
Secrétaire général adjoint de République moderne

(1)https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-allemagne-veut-faire-de-l-euro-un-deutschmark-bis-20200506

(2)https://www.decision-sante.com/actualites/breve/2020/04/30/marcel-gauchet-le-sacrifice-du-plus-grand-nombre-pour-le-salut-du-petit-nombre_29685

(3)https://www.lepoint.fr/debats/stephane-rozes-macron-a-reactive-notre-depression-nationale-04-10-2019-2339431_2.php

(4)https://www.lci.fr/social/video-pandemie-covid-19-coronavirus-on-est-desesperees-on-ne-croit-plus-en-vous-vif-echange-entre-deux-soignantes-et-emmanuel-macron-a-la-pitie-salpetriere-2153901.html

(5)https://www.humanite.fr/jean-jaures-le-courage-cest-de-chercher-la-verite-et-de-la-dire-641332

(6)http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/georges-clemenceau-8-mai-1891

(7)Henri Guaino,"L'étrange renoncement", éditions Albin Michel, 2000

(8)Philippe Séguin, « Discours pour la France » éditions Grasset 1992

(9)https://www.marianne.net/societe/jerome-fourquet-les-francais-ont-vu-l-etat-en-voie-de-clochardisation

(10)Christophe Guilly, « La France périphérique » éditions Flammarion, 2014

(11)Florence Aubenas, « En France » éditions de l'Olivier, 2014

(12)Jean-Pierre Chevènement, "Défis républicains", éditions Fayard, 2004

(13)Jérôme Sainte-Marie, "Bloc contre bloc, la dynamique du Macronisme" éditions du Cerf, 2019

(14)Jean-Jacques Becker (présenté par), "Georges Clemenceau, articles et discours de guerre 1914-1918", éditions Pierre de Taillac, 2012

(15)Laurent Bouvet, « L'insécurité culturelle », éditions Fayard, 2015

(16)https://lvsl.fr/discours-imaginaire-du-president-de-la-republique/

(17)https://www.ft.com/content/3ea8d790-7fd1-11ea-8fdb-7ec06edeef84

"Discours imaginaire" du président de la République

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le 20 Mai 2020

Avec ma dernière tribune parue sur le site "Le Vent se lève" LVSL., je me suis livré à une proposition de politique fiction mais qui est d'une urgente nécessité.

Françaises, Français,
Citoyennes, Citoyens,

Si j'ai fait le choix, aujourd'hui de m'exprimer devant vous c'est que j'en ressens l'ardente obligation. Je veux, sans détour, avec le sentiment aigu que m'imposent les devoirs de la charge que j'ai sollicité de vos suffrages et de la confiance que vous m'avez fait l'honneur de m'accorder, vous dire en cet instant qu'elle est la réalité de la situation à laquelle nous sommes confrontés, car ce n'est que de vous que me viendra la légitimité et donc la force de faire face.

Notre pays, vous le savez traverse une crise d'une ampleur et d'une violence inédite. Je ne veux pas vous mentir. Le faire nous condamnerait à augmenter nos malheurs et à nous enfoncer davantage dans la tragédie qui accompagne toujours l'histoire et le destin de l'Humanité. Nous avons commis l'erreur de l'oublier en nous laissant griser par les fausses promesses, les faux élixirs de jouvence qui n'étaient que des potions frelatées, autant de substances qui peuvent s'avérer mortelles. Ce lien indispensable qui existe entre nous, entre le président de la République et la Nation, doit être reconstruit afin de continuer ensemble à faire France.

A ce jour, en réalité plus de 30 000 des nôtres sont tombés. Ces morts, nos morts nous parlent. Nous devons les entendre, souvent morts dans le silence d'une profonde solitude. Nous devons entendre cette plainte  terrible et lugubre qui vient du fond de l'abîme ou ils furent engloutis. Morts seuls dans un service de réanimation, seuls dans un EHPAD ou seuls chez eux. Nous devons, je dois les entendre. La nation toute entière en est meurtrie et en sera durablement marquée.

Le pays a été tenu tout entier par nos soignants, par ces hommes et ces femmes du peuple et qui en font sa noblesse et qui répondent toujours présents quand l'essentiel est en jeu.  Qui, au péril de leur vie, allant parfois jusqu'au sacrifice, ont permis que le front sanitaire ne s'effondrât pas. Nous leur sommes redevables et jamais nous ne pourrons suffisamment les remercier, alors que ce combat se poursuit. Nuit et jour. Inlassablement. Impitoyablement. Ils sont notre fierté et notre honneur. Clemenceau, parlant des Poilus avait dit; "ils ont des droits sur nous" comme il avait raison. Et bien moi aujourd'hui, j'ai des devoirs envers eux. Devoirs que j'ai désormais la ferme intention de remplir.

Parce que ce n'est pas sans examiner et interroger sa conscience que l'on traverse une pareille épreuve. Être président de la République française est un immense privilège et un immense honneur qui ne peut s'exercer sans dignité. Et je dois à cette dignité, celle que je dois à cette fonction et que je vous dois, de vous faire part de cet examen. Il me faut parler clairement et dire les choses telles qu'elles sont. J'irai donc à ce qui me semble essentiel.

Oui l'État a été désarmé et n'a pu donner à ses agents les moyens de faire face au développement de cette épidémie. Oui cette crise doit nous conduire à une profonde remise en cause du modèle que nous suivons depuis près de 40 ans et des politiques misent en oeuvre. Nous devons aujourd'hui mettre un terme à l'aventure néolibérale pour retrouver le sens de l'intérêt général et du bien commun.

Les masques, les gants, les surblouses, les respirateurs, le manque de lits sont autant de terribles témoignages, de conséquences insoutenables pour notre pays des abandons auxquels nous avons consentis depuis tout ce temps, perdant de vue l'essentiel de ce qui constitue la Nation dans son essence même, c'est à dire l'exercice plein en entier de sa souveraineté.

Nous avons abandonné le long terme pour la courte vue.

  • Nous avons abandonner l'idée qu'en cas de dernier recours, c'est d'abord sur nous-même que nous devons compter. Nous avons voulu croire que le libre-échange et la concurrence pouvaient remplacer la coopération entre les nations et que l'enrichissement de quelques uns ferait le confort, voire le bonheur de tous. Erreur.

  • Nous avons cru que les chemins de la mondialisation et de la globalisation financière, nécessairement heureuses, nous porteraient vers les rivages de la fin de l'histoire où règnent l'insouciance, le bonheur de consommer et la paix perpétuelle. Mirage.

  • Nous avons voulu croire que le transfert sans plus important de parts entières de notre souveraineté nous donnerait plus de liberté et de puissance. Que cela nous permettrait de construire « la France en grand »?Illusion.

Cette crise nous oblige à réexaminer sans excès mais sans faiblesse les causes qui nous ont conduit à cette situation. 40 ans d'amoindrissement de l'État dans sa capacité première à protéger les Français ne peut s'accompagner que d'interrogations profondes, voire d'angoisse devant ce sentiment d'effondrement du pays qui soudain apparaît dans toute sa cruelle vérité. Un effet de sidération devant les conséquences qui mettent en lumière l'importance de notre dénuement. La France, notre grand et beau pays en serait donc réduit à gérer la pénurie, à compter sur le système « D », à solliciter les bonnes volontés des uns et des autres et à constater, impuissante, l'appel aux dons pour des sacs poubelles pour  que nos infirmières puissent s'en revêtir et se protéger du virus. Nous en étions donc là...

Ce chemin que nous avons emprunté depuis prêt de 40 ans ne peut plus baliser notre avenir. Il nous faut aujourd'hui retrouver le courage et avoir l'audace qui a su marquer notre histoire quand il fallait bâtir à nouveau le pays. le moment est venu de faire un véritable bilan et une véritable analyse des causes qui, au delà de l'épidémie, ont amené la Nation à s'interroger à ce point sur son avenir, et pour certain je le sais, sur le sens de son existence même.

Ce temps est venu.

Il nous faudra procéder à des changement de taille.

Au premier rang de ceux-ci, il faut définir précisément ce que nous considérons comme faisant partie de nos intérêts nationaux vitaux.

Cela veut clairement dire qu'il nous faut retrouver des marges de manœuvre souveraines. Nous devons redevenir une grande puissance industrielle, énergétique, sanitaire, agricole, numérique, politique. Cette ambition est à notre porté.

C'est à un effort gigantesque que je vous invite. Il nous faudra du temps et de la détermination car nous sommes à la veille de bouleversements colossaux.

Rien ne nous assure que l'euro soit encore notre monnaie dans dix ans et peut-être moins. Nous devons envisager tous les scénarii. Devant les chocs qui sont devant nous, notamment économiques et financiers, il nous faudra serrer les coudes. La crise qui vient sera bien plus violente que celle de 2008 dont les conséquences se font encore sentir.

Là encore, je me dois de vous dire que nous n'avons pas pour l'instant les armes à notre disposition pour faire face. Notamment en ce qui concerne les questions financières et budgétaires. Pour cela, je vous propose un bouleversement complet de notre fonctionnement politique afin de nous mettre en capacité de redresser notre pays.

Il me faut, il nous faut désormais avoir un véritable dialogue avec l'Allemagne quant à l'avenir de l'euro qui conditionne l'avenir de l'Union européenne, sa poursuite ou son éclatement. La situation d'aujourd'hui n'est en effet plus tenable, trop de tensions, trop de lignes de fractures au sein d'une Union qui poursuit son élargissement alors que les défis internes ne cessent de s'accroître sur la question de la solidarité budgétaire et de la mutualisation des dettes. Tout ou presque dépend de cela.

Nous vivons aujourd'hui dans un système ou L'Homme a été sacrifié sur l'autel du profit et de la transformation de notre outil de production en machine destinée à reverser des dividendes aux actionnaires qui le détiennent. La Nation ne peut, sans rompre avec le long terme se satisfaire de ce fonctionnement qui brise les liens étroits qui nous unissent, nous viennent de l'histoire, qui sont notre héritage et que nous devons transmettre.

Pour cela je vous propose que nous retrouvions le sens de l'audace qui accompagne toujours les grands projets. En ce qui me concerne, je suis déterminé à tout mettre en œuvre pour que la France soit à nouveau au rendez-vous que ne cesse de lui fixer l'histoire dans son dialogue avec l'Humanité tout entière.

Pour cela.

  1. Je vais entamer, dès cette été, une série de rencontres avec l'ensemble des forces politiques présentes au Parlement afin d'examiner avec elles les conditions de la constitution d'un gouvernement d'Union nationale.

  2. Dans la foulée, je soumettrai à vos suffrages, sous la forme d'un référendum, l'idée d'un gouvernement d'Union nationale. Non seulement sur son principe mais également avec de grands objectifs programmatiques qui se concentreront sur les questions de souveraineté nationale, de pertinence des traités européens, de fonctionnement de la banque centrale européenne et de fonctionnement de l'euro, conditions que je considère désormais comme indispensables pour nous extraire de l'ornière dans lesquelles nous sommes embourbés depuis si longtemps.

    Je connais les craintes de l'Allemagne mais il est aujourd'hui vital pour nous, qu'avec notre grand voisin d'outre-Rhin, nous parlions franc. L'Allemagne doit aujourd'hui comprendre que l'Union européenne ne survivra qu'à la condition que la France redevienne elle-même.

    Car c'est de notre avenir commun dont il est question et de notre capacité à faire de l'Union européenne un véritable pôle de stabilité dans le monde, d'en faire un véritable acteur stratégique ayant sa propre autonomie de décision et de destin. Je refuse que nous devenions un simple appendice des États-unis d'Amérique ou de l'OTAN. Le grand affrontement Indo-Pacifique entre l'Amérique et la Chine se met en place, nous n'avons pas à y être entrainés par faiblesse. La France, membre du Conseil permanent de sécurité de l'ONU, puissance nucléaire ne peut et ne partagera pas ses éléments de souveraineté nationale et d' indépendance plus que jamais précieux.

  3. Si cette proposition reçoit votre soutien, un gouvernement d'Union nationale sera nommé avec comme feuille de route, le programme de redressement national qui devra penser et proposer une nouvelle organisation sociale et démocratique du pays. Nos glorieux aînés surent bâtir le programme du Conseil national de la Résistance qui a régénéré le pays. Sachons nous inspirer de leur message toujours vibrant. Sachons prendre exemple sur leur capacité de dépassement, eux qui étaient si différents mais qui surent projeter la France dans la modernité économique et sociale.

  4. En cas d'échec au référendum, je vous remettrais ma démission dès le lendemain. Il reviendra alors, comme le prévoit la Constitution, au président du Sénat d'assurer l'intérim et de procéder à l'organisation de l'élection présidentielle. Les politiciens mettront tout en œuvre pour que j'échoue. Ce sera d'abord l'échec du pays. Ceux qui ont le sens de l'État, de l'intérêt supérieur de la Nation, de l'intérêt général me soutiendront et se sera le succès de la République et de la France.

Voilà, Françaises, Français, ce que je souhaitais vous dire alors que notre cher vieux pays est une fois de plus si cruellement frappé. J'ai conscience de l'immensité de la tâche qui nous attend, mais je sais aussi votre courage. Ce chemin est celui de la reconquête et du renouveau. Il est aussi celui du courage nécessaire.

Mes chers compatriotes, citoyennes, citoyens, aujourd'hui, je vous le dit, je vous le demande, j'ai besoin de votre aide, de votre soutien, de votre confiance.

Vive la République, vive la France

"Souverainisme"?...Je lance un appel

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le 4 Mai 2020

Ma dernière tribune dans RT France (25 avril 2020)

Le mot (qui ne me plaît pas nécessairement), semble sur toutes les lèvres, dans tous les esprits. Je ne vous cache pas une forme de satisfaction bien qu'elle soit teintée d'une certaine distance, si tant est que la distance puisse être une teinte. Disons qu'une certaine expérience de la vie politique me permet peut-être de regarder tout cela avec la mesure qu'il convient. Je constate non sans déplaisir que de nombreuses vocations se révèlent. Je ne vais pas jusqu'à dire que la grâce produit son effet mais disons que du chemin de Damas pour les uns jusqu'à la Révélation, tous les chemins finissent par mener à cette idée simple, c'est qu'au final, c'est toujours sur soi-même qu'il faut compter quand l'essentiel est en jeu.

Rien ne sera simple, on nous sortira les vieux schémas, les anciennes caricatures, les gousses d'ail et s'il le faut, l'eau bénite qui accompagnera je ne sais quel exorciste afin de repousser le mal incarné : «Souveraineté nationale sort de ce corps.» Le destin du monde était tout tracé, nous pouvions voguer vers les rivages heureux de la mondialisation et de la globalisation financière. Nouvel Eldorado, nouveau rêve prométhéen mais qui se fracasse une fois de plus sur la réalité, bien que de multiples avertissements disant que Non, décidément Non, les Français n'en voulaient plus, notre bonheur se ferait malgré nous... Il y a 15 ans par exemple (29 mai 2005) le message était d'une clarté biblique, rien n'y fit. Les grands prêtres de l'orthodoxie budgétaire et financière qui avaient oublié leurs anciennes croyances, priaient désormais avec d'autres bréviaires. Traités de libre-échange, marché unique, Maastricht, Lisbonne, concurrence libre et non faussée, travail détaché, règle d'or, déficit public... devinrent les nouveaux commandements.

Leurs simples évocations devaient suffire à faire régner la paix éternelle sur la terre et entre les peuples et la multiplication des richesses, comme les petits pains, donner abondance et prospérité à tous les hommes de bonne volonté. Rome n'était plus dans Rome mais dans une nouvelle cour itinérante qui allait de Berlin à Bruxelles en passant par Francfort, tout en effectuant régulièrement le pèlerinage de Washington. Et à ce peuple de plus en plus incroyant venait s'abattre une nouvelle plaie d'Egypte. Un virus, tel l'Ecclésiaste venait rappeler que décidément : «Vanité des vanités, tout est vanité.»

En fait les choses sont au final relativement simples. Pourquoi cette idée de souveraineté refuse de mourir ? Pourquoi, alors que l'ensemble de ce qui compte dans le pays, l'ensemble des élites politiques, médiatiques, culturelles, économiques ayant fait leur conversion depuis près de 40 ans, pourquoi, non seulement cette idée refuse de disparaître mais qu'elle a en plus, le mauvais goût de persister, de réapparaître régulièrement et de finir par effrayer à nouveau celles et ceux qui ne cessent de vouloir danser autour de son cercueil ? La Nation est vivante et reste le lieu de l'expression et de la possibilité démocratique La Nation ne cesse de revenir d'outre-tombe. On voulait qu'elle soit morte et enterrée, on voulait qu'elle soit rangée bien sagement sur une étagère oubliée au fond d'un musée. Une vieille photo de famille en noir et blanc dont l'image s'efface... Mais non, rien n'y fait. Pire qu'un mort-vivant. C'est dire !

Et bien pour une raison simple : la Nation est vivante et reste le lieu de l'expression et de la possibilité démocratique. Equation à de multiples inconnues que l'Union européenne n'est toujours pas parvenue à résoudre. Peut-être vivons-nous l'un de ces moments que nous pouvons qualifier de «ruse de l'histoire» et il faut le saisir. Mais il faut pour cela être précis. Nos contempteurs ne sont et ne seront pas en reste. Il est donc indispensable de s'entendre sur ce que signifie le «souverainisme». Terme qu'utilisent tel un répulsif celles et ceux qui souhaitent nous discréditer en nous renvoyant «aux heures les plus sombres de notre histoire», oubliant habilement de dire que c'était justement à cette période que notre souveraineté était abolie et que le pays était sous le joug de l'occupant. L'idée de la souveraineté peut faire peur car elle ouvre des perspectives immenses, elle est un peu «à nouveau une idée neuve en Europe» pour paraphraser Saint-Just. Parce qu'en France elle se confond avec l'idée républicaine et que la force de cette idée n'a rien perdu de sa vitalité, de sa puissance et de «son éclat» pour reprendre le propos de Mona Ozouf dans la parution du think tank L'aurore.

Je comprends que tout cela perturbe. Mais l'histoire frappe à nouveau à notre porte et plutôt que de sombrer une fois de plus dans le piège délicieux du «plus souverainiste que moi tu meurs», peut-être est-il plus que temps de participer à la création d'une véritable perspective politique qui s'appuierait sur les idées qui sont les nôtres mais dont il nous faut vérifier que nous les partageons. Je vois déjà poindre les remarques, plus ou moins désagréables sur tel ou tel (telle ou telle) qui ne serait pas assez ceci ou pas assez cela. Comment ne pas être un peu dépité en constatant les moqueries, voire les insultes à l'endroit de Jean-Pierre Chevènement parce qu'il a évoqué l'idée d'un gouvernement de salut public dans le cadre d'un rassemblement d'Union nationale... ? Certes c'est Emmanuel Macron qui serait à la manœuvre (je mesure toutes les méfiances voire toutes les défiances) mais c'est lui le président de la République et la prochaine élection, c'est dans plus de deux ans. Or s'il s'avère que ce soit une véritable opportunité qui corresponde à l'intérêt du pays faut-il en refuser l’examen ? J'ai toujours considéré que c'était d'abord l'intérêt du pays qui devait primer.

Comment être crédible dès lors que les «souverainistes» se plongent en permanence avec délice dans le bain de la division. S'il faut systématiquement fournir quatre quartiers de noblesse souveraine avant de pouvoir envisager le commencement d'un début de quelque chose, alors de grâce... cessons de prétendre à quoi que ce soit politiquement parlant. Contentons-nous de participer à des débats, des colloques, des séminaires, des rencontres... occupons le ministère de la Parole, on nous le laissera sans aucun problème. Il est plus que temps que nous nous rencontrions très sérieusement. Des initiatives précurseurs, comme les «Rencontres républicaines» indiquent le chemin, Michel Onfray a lancé sa proposition de «Front populaire» pour ne citer que lui.

Il faut aller au-delà. Nous devons bâtir un «programme commun» de gouvernement et en débattre collectivement. Il doit proposer une refondation de la République et répondre à quelques grandes questions pour commencer :

  1. Pouvons-nous rebâtir notre souveraineté nationale ? Avec qui ? Comment ? Avec quels moyens ? Pour une République sociale, laïque et démocratique.
  2. Peut-on renégocier les traités européens ? Sommes-nous d'accord avec la perspective d'une Europe «actrice stratégique» du monde en devenir. Pour atteindre quels objectifs ?
  3. Que devient l'euro ?
  4. Quelles relations avec l'Allemagne et l'Europe du Sud ?
  5. Quelles relations avec la Russie ?

Quoi que nous réserve l'avenir, nous avons déjà perdu trop de temps. Quoi qu'il se passe, bâtir une nouvelle offre politique afin de mettre sur pied une nouvelle perspective pour notre pays et pour l'Europe, prendra du temps. Il faut être prêt. Il faut donc être en capacité d'examiner le contenu de ce pourrait-être un gouvernement de salut public dans le cadre de l'Union nationale. Ce qui n'empêche pas, bien au contraire, de préparer la présidentielle. C'est la raison pour laquelle, un gouvernement de salut public ne peut se mettre sur pied que sur des objectifs précis et c'est à partir de ces objectifs qu'il faut prendre une décision. Les adeptes du néolibéralisme n'ont pas tant de pudeur, ils sont d'accord sur les fondamentaux et se maintiennent en grande partie sur l'incapacité qui est la nôtre à fournir l'effort qui nous permettrait de penser le monde autrement.

Mais comme interroge fort justement Marie-Françoise Bechtel : «Avons-nous les moyens moraux de vouloir et mettre en œuvre des politiques rompant avec le passé ?» La balle est dans notre camp. A nous de nous retrouver, de vérifier ce qui nous sépare, ce qui nous divise de façon irrémédiable (ou pas), ce qui nous rassemble, ce que nous pouvons faire ensemble afin de continuer à «faire France» et République. Nous devons en avoir la force et l'intelligence.

Un gouvernement d'Union nationale? Quinze buts de guerre pour un véritable bouleversement

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le 25 Avril 2020

Ma dernière tribune dans Marianne (25 avril 2020)

Comment ne pas constater le retour fracassant du "souverainisme" sur le devant de la scène politique? Il revient également au centre des préoccupations des Français qui constatent avec effroi l'ampleur de la désindustrialisation et de notre dépendance vis à vis de l'étranger, notamment sur des produits de premières nécessités de dimensions stratégiques et vitales.

Ce retour en force, dans des circonstances tragiques, fait apparaître de manière évidentes et insoutenables les contradictions inhérentes à 40 ans d'hégémonie idéologique et politique du néolibéralisme, transformant "l'idéal européen" en machine de guerre contre l'Etat providence, les services publics, l'intérêt général.

Près de 40 ans après le tournant de la rigueur de 1983 au nom des enjeux européens, chacun est à même de mesurer aujourd'hui l'ampleur des dégâts. Mais il faut également dire que nous avons, au bas mot, perdu 15 ans. Les Français avaient clairement refusés les orientations politiques qui nous conduisaient à la catastrophe. Faut-il rappeler le NON à hauteur de 55% du référendum sur la constitution européenne dont le vote a été détourné par une entente au sommet en 2008 entre Nicolas Sarkozy et François Hollande alors premier secrétaire du PS, pour imposer le traité de Lisbonne par voie parlementaire.

La crise est donc là et fait apparaître à quel point nous avons perdu en souveraineté et à quel point nous sommes désormais dépendant de l'étranger. Le "souverainisme" fait donc fort logiquement un retour en force et sa nécessité semble devenir une évidence. Jusqu'au président de la République qui opère sous nos yeux un revirement spectaculaire. Terminé la "souveraineté européenne" remplacée par "faire de l'Europe un acteur stratégique", place au "multilatéralisme", à la reconstruction de notre souveraineté nationale, industrielle, alimentaire, sanitaire, politique. Place à la nécessité de mieux payer celles et ceux qui "tiennent le pays", place à la nécessité de refonder l'Europe dont les politiques risquent de porter les "populistes" au pouvoir. Place à la remise en cause du comportement de l'Allemagne...

Dans son entretien au Financial Times Emmanuel Macron est allé jusqu'à dire que nous vivons "un moment de vérité" et que le temps était venu de "penser l'impensable."

Le moment d'une véritable "union sacrée" et d'un gouvernement de "Salut public" perspective déjà contenue dans le fameux discours de Vincennes de Chevènement du 09 septembre 2001 est-il venu? Lui qui disait, très lucide, à l'issue de l'élection présidentielle de 2002 que son discours et son projet n'était finalement entendable qu'en cas de crise majeure.

Nous y sommes. Car aujourd'hui, c'est de la vie et de la mort dont il est question. A ce jour se sont plus de 20 000 de nos concitoyens qui ont succombé au COVID-19 et à cela s'ajoute désormais une crise économique d'une violence inouïe dont l'ampleur sera colossale. La conjonction de ces deux phénomènes exigent des réponses d'une dimension et des décisions sans communes mesures avec tout ce que nous avons connu jusqu'à présent.

Il ne convient plus d'être « et de droite et de gauche » pour imaginer que la République puisse se mettre en marche et occuper un espace politique duquel les partis auraient disparu laissant augurer une nouvelle structuration entre le « Nouveau monde » et le Rassemblement national...Une rente de situation politique en quelque sorte, par temps calme et sans un nuage. Tout cela vole en éclat.

En réalité, LREM n'est pas le début d'une recomposition politique dans notre pays, mais n'est que la poursuite d'une décomposition fondamentalement liée aux choix politiques fait depuis plusieurs décennies , dans la mesure ou elle n'est que la synthèse de ces choix.

Aujourd'hui, sans ancrage locale, avec un groupe à l'Assemblée nationale qui ne cesse de s'effriter, le président de la République n'est pas en mesure d'affronter l'élection présidentielle alors que la crise du coronavirus a bouleversé l'équation politique.

Je ne suis pas de ceux qui ne verrait qu'un pur opportunisme présidentiel. Il faudrait être d'une particulière mauvaise foi pour ne pas reconnaître que la situation s'est radicalement transformée et il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas le reconnaître.

Dès lors, la question d'un gouvernement d'Union nationale et de Salut publique est légitime. Mais pour en faire, surtout si c'est pour continuer les mêmes politiques.

Je pense qu'il faut fixer une feuille de route qui soit clairement définie. Le président de la République a fait référence au programme du Conseil national de la Résistance (Conseil qui allait des communistes jusqu'à la droite catholique et conservatrice il faut le rappeler). Il ne peut impunément mobiliser de tels symboles uniquement à des fins de communication politique, voire politicienne. Ce serait parfaitement indigne. Il doit donc aller plus loin dans l'idée qui est la sienne et en faire part aux Français. Car, que nous le voulions ou pas, que ça nous plaise ou non, c'est lui qui est le maître de l'agenda politique et le pays ne pourra se payer le luxe d'attendre plus de deux ans un éventuel changement à la tête de l'État pour la mise en œuvre d'un projet politique différent qui reste à définir.

Sa responsabilité est donc immense

Sera t-il à la hauteur? Je n'en sais rien. Est-il sincère? Je n'en sais rien. Est-il prêt à renverser la table? Je n'en sais rien. Est-il celui par lequel se manifesterait une éventuelle « ruse de l'histoire » chère à Hegel? Je n'en sais rien. On peut même légitimement penser le contraire, tant il incarne une version « chimiquement pure » des causes qui nous menées là où nous sommes mais dont nous nous devons à l'honnêteté de reconnaître que nous ne saurions le tenir pour unique responsable. Les 100 000 lits supprimés dans nos hôpitaux, le furent sur une durée d'au moins vingt ans. Belle constance et bel effort dans le désarmement de notre service public de Santé pour ne citer que celui-là, hélas.

Alors l'union sacrée et le Salut public ?

Et bien oui si l'intérêt du pays le commande. Mais fixons nos buts de guerre, puisque nous livrons une guerre et mettons nous d'accord sur les objectifs à atteindre, sinon il ne s'agira que d'un théâtre d'ombre supplémentaire qui ne fera que désespérer et exaspérer davantage encore les Français. Pour cela il y faut de la force morale, de la résolution et de la constance dans l'effort qui ne pourra se faire que sur la longue durée.

Nos but de guerre. Quels sont t-ils ?

  1. Rebâtir notre souveraineté nationale et populaire?
  2. Procéder à la réindustrialisation de la France et si nécessaire procéder à la nationalisation d'une partie de notre outil de production y compris bancaire et recourir à l'emprunt d'État auprès des Français afin de "nationaliser" notre dette?
  3. Définir les enjeux et secteurs qui doivent relever de notre souveraineté (agriculture, santé publique, énergie, nouvelles technologies de la communication, outil de défense...)
  4. Renouer et rebâtir un État stratège, protecteur, démocratique, social et anticipateur.
  5. Sommes-nous d'accord pour abandonner les « réformes » de la fonction publique? Des retraites? Du travail? Chômage? Et bâtir une nouvelle République sociale en allant éventuellement au référendum pour proposer aux Français un nouveau pacte social et républicain?
  6. Interroger la nature de la construction européenne et des traités actuellement en vigueur (Traité de Maastricht, de Lisbonne, Règle d'or, multiplication des traités de libre-échange...). S'en affranchir si nécessaire et bâtir des coopérations à « géométrie variable. »
  7. Interroger le fonctionnement de la monnaie unique (l'euro) afin que celle-ci soit compatible avec nos intérêts fondamentaux, économiques et sociaux.
  8. Passe t-on de la monnaie unique à la monnaie commune avec une possibilité de fluctuation entre les monnaie en cas de passage à l'euro commun.
  9. Voulons-nous que les États puissent directement emprunter à la Banque centrale européenne?
  10. Que fait-on des dettes? Est-ce que la France souhaite une mutualisation de celles-ci au sein de la zone euro? Si la réponse est négative que deviennent-elles et que se passe t-il pour l'Espagne, l'Italie et éventuellement nous-mêmes. Donc quid d'un véritable budget européen?
  11. Dans tous les cas, quelle relation avec l'Allemagne et surtout la nature de cette relation. Est-ce que nous continuons à suivre une politique qui sert avant tout les intérêts de cette dernière au détriment des nôtres notamment avec un euro surévalué au regard de notre économie et sous-évalué au regard de l'économie allemande ce qui crée une distorsion de concurrence insoutenable pour la France et explique en partie la situation dans laquelle nous sommes.
  12. Vouloir faire de l'Union européenne un véritable acteur stratégique sous entend de revoir notre relation avec la Russie (l'Europe de l'Atlantique à l'Oural) et de nouer un véritable dialogue avec Moscou. L'Union européenne ne peut se contenter de devenir une excroissance de l'OTAN alors que Washington regarde désormais ailleurs.
  13. Il faut également être en capacité d'interroger notre lien transatlantique, notre relation avec les États-Unis d'Amérique et ce que devient l'OTAN.
  14. Quelle place pour la France dans le grand affrontement qui est en cours de structuration entre la Chine et les États Unis d'Amérique?

Voilà quelques-unes des questions et des pistes qui -selon moi- doivent faire l'objet de la feuille de route d'une éventuelle Union nationale et qui doivent être au cœur d'un gouvernement de Salut public. Gouvernement qui devra faire appel à des personnalités qui auront eu le courage dans le passé de faire part de leurs désaccords et de leurs analyses, puisqu'il faut « penser l'impensable » pour reprendre les terme d'Emmanuel Macron, c'est le moment de faire preuve d'audace.

On mesure à cette simple évocation, le chemin à faire mais il n'est pas interdit d'espérer du sens de l'intérêt et de la conscience nationale des uns et des autres...

Si l'objectif du président de la République est celui-là, c'est peut-être le début d'un véritable bouleversement à la hauteur des enjeux [...]Si ce n'est pas le cas, s'il ne s'agit que d'un replâtrage d'une majorité en perdition pour opérer un recyclage de LREM, alors non.

Si l'objectif du président de la République est celui-là, c'est peut-être le début d'un véritable bouleversement à la hauteur des enjeux et lui seul est institutionnellement en capacité de le faire. Si ce n'est pas le cas, s'il ne s'agit que d'un replâtrage d'une majorité en perdition pour opérer un recyclage de LREM, alors non. Trois fois non et la France et les Français iront de mal en pis et ils seront impitoyables.

Les Français veulent retrouver leur dignité de citoyens

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le 27 Février 2019

Notre pays ne va pas bien, on peut même penser qu’il va mal. Les évènements de ces derniers jours montrent clairement que les tensions sont vives.

La multiplication des actes antisémites et des violences parfois mortelles qui les accompagnent, illustrent parfaitement cette situation. Les crispations identitaires correspondent à autant de reculs de la citoyenneté et de l’esprit civique.

Notre pays se fragmente, notre société se divise, la Nation se dissout et la République semble se déliter sous nos yeux. Il nous faut absolument refaire une Nation citoyenne.

L’ampleur de la crise semble telle, que nous ne savons plus par quel bout nous emparer de la situation. La tentation du repli sur soi et de l’affrontement de tous contre tous est désormais une perspective réaliste.

Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur dans son discours lors de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Premier ministre l’a clairement dit : "Je crains que nous soyons bientôt face à face plutôt que côte à côte." Pressentant probablement ce qu’allait devenir l’affaire Benalla (ou ayant des informations lui permettant d’analyser plus finement la situation), il a préféré l’exil lyonnais plutôt que d’être solidaire d’un l’exécutif qui traverserait une crise majeure. L’État ne va pas sortir grandi de cette situation. Il en est donc affaibli.

Selon la commission d’enquête du Sénat, ce sont même les intérêts de la France qui ont été mis en danger, au regard notamment d’un certain nombre de contrats qui auraient été signés avec des hommes d’affaires russes et chinois.

Mélange d’affairisme, de gros bras, de conflits d’intérêts, de mélanges des genres…alors que de nombreux Français,  depuis des mois tentent d’exister à nouveau politiquement dans le débat public, certes de façon plus ou moins chaotique, plus ou moins réussie, mais peut-on leur en vouloir devant un tel spectacle ?

Notre pays, parce qu’il n’est pas n’importe quel pays, ne peut se survivre s’il a de lui-même un perpétuel sentiment d’humiliation. Je crois fondamentalement que c’est ce que voulait dire le général de Gaulle lorsqu’il disait que la France ne pouvait être la France sans la grandeur.

Il faut pour cela avoir une connaissance intime, voire charnelle du pays. Or de nos jour la grandeur a mauvaise presse, attaquée qu’elle est par toutes celles et ceux qui veulent abattre la Grande nation. Par haine, par intérêt, par vengeance, par faiblesse, par bêtise.

Il ne s’agit pas de dire que la France est par essence meilleure que d’autres, il convient de dire que la France et la République avec elle qui en est la forme moderne, ne saurait-être elle-même sans "quelque chose" qui la dépasse.

Si la France est une réalité physique, c’est aussi un imaginaire, une littérature, une esthétique, une tentative d’être au monde au-delà de ce que recouvre ses "frontières naturelle". C’est un état d’esprit, une forme de légèreté pour affronter la gravité du monde, une tentative permanente d’être autre chose que soi-même et qui me permet de reconnaître l’Autre comme mon égal.

Ce pays qui a fait de la citoyenneté la porte d’entrée dans la Nation et en a fait sa définition doit aujourd’hui se ressourcer. La France ne demande rien d’autre que de vouloir faire ensemble quelque chose de différent. Nous allons fabriquer ensemble des citoyens, c’est-à-dire un sujet politique à partir duquel les appartenances particulières seront subordonnées  à cette capacité que nous aurons de nous adresser à l’Humanité toute entière. Je mesure parfaitement l’ampleur du sujet, voire même sa dimension utopique. Mais nous ne sommes pas le pays de Montaigne, de Rabelais, de Rousseau, de Descartes, de Voltaire, de Montesquieu, d’Hugo, de Zola… ou du surréalisme pour rien.

C’est tout cela qui est aujourd’hui menacé. Il faut regarder avec lucidité la situation dans laquelle nous sommes. Fragmentation sociale, fragmentation culturelle, fragmentation économique, fragmentation identitaire, fragmentation territoriale…le constat est amer.

Cette crise vient de loin. Elle est particulièrement dangereuse pour notre pays qui n’est pas fabriqué sur le logiciel du droit du sang et de l’ethnie. Les tensions communautaires, les volontés indigénistes, les stratégies séparatistes, qu’elles soient sociales, territoriales, ethniques, économiques, sont particulièrement dangereuse pour la France. Car elles touchent à l’essence même de ce que nous sommes.

Ce sont des sujets qu’il ne faut jamais négliger. Il faut bien avoir présent à l’esprit, à quel point nos concitoyens ont une claire conscience de la situation de domination dans laquelle se situe notre pays au sein de l’Union européenne par rapport à l’Allemagne. Il faut bien avoir présent  à l’esprit à quel point nos concitoyens ont une claire conscience des ravages du travail détachés, des conséquences de la désindustrialisation, de la financiarisation de l’économie et de l’impact direct sur leur vie quotidienne ainsi que sur le contrat social qui fonde le pacte républicain.

Ils savent tout cela. Ils ne le supportent tout simplement plus ! Et le spectacle actuel les écœure et les humilie.

Ils ne veulent pas que la France doit la première puissance du monde. Ils s’en moquent. Ils veulent qu’elle soit fidèle à elle-même. Qu’elle soit fidèle à la République et à la promesse qu’elle contient. Qu’elle soit fidèle à celle qu’ils ont reçue en héritage et qu’ils veulent transmettre à leurs enfants. Ils veulent retrouver leur dignité d’être citoyen français.

Claude NICOLET
Ancien adjoint au Maire de Dunkerque
Ancien conseiller régional Nord-Pas-de-Calais
Président de République moderne Nord

  1. Lettre ouverte au Président de la République
  2. Manifeste pour une refondation républicaine
  3. Reconstruire le socle républicain
  4. Carnaval c'est dans la rue, dans les chapelles, pas dans un musée

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