Claude Nicolet
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Ce que veulent les Français, c’est reprendre en main le cours de leur destin

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Catégorie : Prises de positions
le 14 Septembre 2021

Ma dernière tribune parue dans le magazine Marianne le 14 septembre 2021.

L'élection présidentielle approche. Un mandat de cinq s'achève. Il devait être celui du nouveau monde, du renouveau, de la gauche et de la droite en même temps, mais surtout, il devait être celui de la reconquête de la souveraineté française. C'est du moins l'essentiel et le premier point que le nouveau président de la République aborde lors de son discours devant le Congrès le 03 juillet 2017.

"Ce mandat du peuple, donc, quel est-il ? C’est de pouvoir disposer de soi-même, malgré les contraintes et les dérèglements du monde. Voyons la réalité en face. Les forces de l’aliénation sont extrêmement puissantes (...). Je crois fermement que (...) le peuple nous a donné le mandat de lui rendre sa pleine souveraineté.

Elle est là, la vraie richesse d’un pays et le mandat qui nous est donné, c’est de créer de l’unité où il y avait de la division. De redonner à ceux qui sont exclus la simple dignité de l’existence, leur juste place dans le projet national. De permettre à ceux qui créent, inventent, innovent, entreprennent, de réaliser leurs projets. De rendre le pouvoir à ceux qui veulent faire et font. Le mandat du peuple, ce n’est pas d’instaurer le gouvernement d’une élite pour elle-même, c’est de rendre au peuple cette dignité collective qui ne s’accommode d’aucune exclusion."

Dans ce long discours qu'on peut se permettre de qualifier de "fondateur" au regard de sa date (03 juillet 2017), le président de la République, au-delà de tracer une feuille de route, effectue devant la représentation nationale et l'ensemble des Français le constat parfois sévère de la situation du pays. A partir de cette analyse, il décrit les principes qui vont guider son action. Analyse dont il faut reconnaître la justesse, en particulier sur la souveraineté dont il fait le point central de sa réflexion.

Emmanuel Macron déclare que c'est le cœur du problème. Il articule d'ailleurs cette exigence à celle de l’unité et de la dignité individuelle et collective. La souveraineté consubstantielle à l'unité et à la dignité du peuple. Dimension fondatrice de "l'identité" politique du peuple Français, dont il a la charge et qu'il doit incarner en tant que chef de l'Etat.

C'est donc à cette aune-là qu'il faut mesurer le mandat qui s'achève. Cinq ans plus tard, le mandat donné par le peuple de lui rendre sa pleine souveraineté a-t-il été respecté ?

Il faut également partir du principe que si nous pensons que ce constat était juste en 2017, il l'est toujours aujourd'hui et qu'il restera en réalité le centre de gravité de la campagne présidentielle qui s'ouvre et que ce sera la ligne de « partage des eaux » entre les candidats.

On mesure aisément la désorientation que représente cette perspective. La question de la souveraineté n'est plus vraiment au cœur des réflexions ni de la "gauche" ni de la "droite" depuis bien longtemps et même la REM taxe rapidement d'extrémistes de droite celles et ceux qui aborde le sujet. La souveraineté est devenue l’enfant caché, honteux, que l’on voudrait oublier dans le fin fond du plus éloigné des orphelinats, de la plus grande partie de la « classe politique. »

Philippe Séguin l’avait clairement annoncé dans son magnifique « Discours pour la France » prononcé dans la nuit du 5 au 6 mai 1992 à l’Assemblé nationale dans le cadre du débat consacré au projet de loi constitutionnelle préalable à la ratification du traité de Maastricht : « Je ne parle ici au nom d’une France contre l’autre ! Car dès lors qu’il s’agit de la France, de la République et de la Démocratie, il ne peut pas être question de la droite, ni de la gauche. Ce qui est en jeu est au-delà des partis, au-delà des clivages les plus naturels, au-delà des oppositions les plus légitimes, au-delà des querelles les plus anciennes, puisque l’enjeu n’est rien de moins que notre communauté de destin. »

Le diagnostic de la « dépression française » était donc bien posé par le président Macron et finalement, vaille que vaille, un chemin semblait tracé. Mais la signature du traité d'Aix-la-Chapelle tout début 2019 après que de nouveaux efforts furent demandés aux Français, sema le trouble…désormais tous les chemins mènent à Berlin.

La promesse du retour à « la pleine souveraineté » se transforma dans l’oxymore de « souveraineté européenne » qui tourne le dos à la notion « d’Europe européenne » théorisée par le général de Gaulle. Ce changement car traduit une évolution sensible vers le retour du traditionnel ordo libéralisme, ses contraintes, ses normes que l’Allemagne met en œuvre avec talent. Mise en œuvre sur laquelle veille le tribunal constitutionnel de Karlsruhe puisqu'il a fort justement décrété « qu'il n'existait pas de peuple européen. » La démocratie ne peut donc se fonder que sur les peuples, les nations et donc le génie propre qui est le leur.

En 1996 déjà, Jean-Pierre Chevènement dans un livre prémonitoire (France-Allemagne parlons franc) mettait en garde « l’Allemagne redevenue puissance prépondérante en Europe, ne voit-elle en celle-ci qu’une Allemagne agrandie ? L’union monétaire a-t-elle était conçue pour aider les autres européens à gravir la montagne magique au sommet de laquelle est dressée la table des puissants ? Ou bien n’est-elle qu’une mise en tutelle, l’Europe n’étant là, selon le mot de Günter Grass, que pour « donner le change ? »

C'est dans ce cadre qu’il faut également comprendre le mouvement des "Gilets jaunes" qui demande des comptes au président quant à cette promesse faite dans son triptyque du 03 juillet "Souveraineté-Unité-Dignité." Mouvement longtemps soutenu par une très forte majorité de Français. Que disaient-ils fondamentalement ? « Macron nourrit ton peuple » d'une part et « Nous sommes un peuple » d'autre part...Deux exigences rappelant le pouvoir aux obligations, qu'il doit remplir: faire tourner la boutique et que chacun si retrouve après les efforts consentis "redonner à ceux qui sont exclus la simple dignité de l’existence, leur juste place dans le projet national" et que le seul et vrai patron ce sont les Français, « le mandat du peuple, ce n’est pas d’instaurer le gouvernement d’une élite pour elle-même, c’est de rendre au peuple cette dignité collective qui ne s’accommode d’aucune exclusion. »

Les Gilets jaunes visait le cœur de ce renversement qui mettait un terme à l'annonce de la reconquête de la souveraineté nationale et populaire en la transformant en « européenne » Ils avaient bien compris et l’ensemble des Français avec eux qu'il s'agissait désormais de continuer de subir les contraintes extérieures.

La répression fut sévère, le mouvement dégénéra et sera décrédibilisé par la multiplication des violences, des infiltrations de groupuscules extrémistes et l'importance des dégradations. Cette « Jacquerie » selon les termes de Stéphane Rozès ne fût pas une Révolution mais l’illustration d’une fracture, de la persistance de la violence des rapports sociaux et que l’articulation de la question sociale et de la question nationale reste le noyau central de la possibilité « de notre destin commun. »

Puis vint la crise sanitaire. Elle a mis en lumière à quel point notre outil industriel avait été abandonné, mis à l'encan, bradé, vendu. A quel point nous dépendions de l'étranger y compris sur des questions vitales. Une lumière crue et impitoyable indiquait combien l'Etat se faisait le maitre d'œuvre de politiques indexées sur le néolibéralisme contre nos propres intérêts. N'oublions pas les masques qui manquaient, dont les stocks avaient été détruits parce que coûtant trop chers, les personnels soignants en sacs poubelles, les manques de respirateurs, les approximations pour ne pas dire plus de la parole gouvernementale...

Mais ayons l’honnêteté de reconnaître qu’il serait bien trop facile et même injuste d’en rejeter l’unique responsabilité sur la pouvoir actuellement en place. Encore une fois Philippe Séguin en 1992 : « La droite et la gauche sont deux détaillants qui ont le même grossiste, l'Europe ». C’était il y a près de trente ans. La désindustrialisation, les délocalisations, le libre-échange, les dévaluations compétitives, le nouveau management néolibéral, la généralisation du travail détaché, la libre circulation des capitaux non seulement au sein de l’Union européenne mais avec la planète entière, l’abandon de notre politique industrielle et de commerce extérieur, la financiarisation outrancière de l’économie, les disciplines budgétaires et financières imposées par la monnaie unique sont passées par là…La crise financière de 2008 aurait dû alerter suffisamment…

Et si les débuts de la gestion de la crise sanitaire furent certes chaotiques, infantilisants et indignes de l’intelligence des Français, il convient de reconnaître que l’action de l’Etat en particulier dans le soutien à notre économie, doit être saluée. Vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain n’a jamais constitué une politique digne de ce nom. C’est aussi la démonstration que le rôle de l’Etat reste déterminant et qu’il est le pivot de notre action collective.

Il nous faut désormais à nouveau « refaire France. » Là est le grand défi, le grand enjeu historique des générations d’aujourd’hui. Car c’est bien de cela dont il est question. Le sujet n’est pas de savoir si les Français sont prêts à accepter des « réformes », s’ils y sont « réfractaires » ou non. Ce que veulent les Français c’est reprendre en main le cours de leur destin car c’est ça qui donne sens à la politique dans notre pays. Cela sous-entend de prendre acte de la fin du cycle néolibéral dont l’Union européenne est devenue le meilleur relai.

Cette « question républicaine » est de nouveau posée depuis que la droite aussi bien que la gauche se sont détournées, l’une de l’héritage du général de Gaulle, l’autre de sa vocation sociale, pour se rallier, l’une comme l’autre, au néolibéralisme triomphant mais que l’histoire a condamné. Dès lors il faut avoir le courage et l’imagination de penser et de proposer autre chose. Notre histoire nous offre un exemple sur lequel il convient de méditer et de s’appuyer, celui du Conseil national de la Résistance.

Par ailleurs, l’Afghanistan doit également nous éclairer. Les structures héritées de la guerre froide d’une part, de l’OTAN d’autre part mais également notre place sur la scène mondiale, doivent être interrogées. Qu’on me permette de citer Jacques Berque : « Et surtout elle a (la France), depuis 1990 et la guerre du Golfe, abdiqué une politique à l'égard des Arabes et de l'Orient qu'elle menait pour le moins depuis François Ier. Mieux, le traité de Maastricht la replie sur une Europe nordique aux barrières hautaines ! Encore un pas, elle ne serait plus que la vassale comblée d'un Saint-Empire germanique des banquiers... »

Autrement dit, c’est à un questionnement global et général qu’il convient désormais de réfléchir, qu’il faut porter, assumer et proposer aux Français. Les éternels catalogues de propositions, d’annonces qu’on appelle « programmes » ne seront rien s’ils ne vont pas à l’essentiel : quel destin pour la France ? Quel avenir pour les Français ? Quel sens pour la République ? Comment reprendre en main notre destin ? Comment rebâtir des institutions solides avec le souci de ressourcer la démocratie dans la République et de rompre avec la dérive vers le « gouvernement des juges ». Pour que citoyenneté, civisme, école, services publics, laïcité, récit national ouvert, structurent à nouveau le patriotisme républicain ? Comment également « Refaire France » autour de la reprise de l’intégration et l’accueil du désir d’assimilation tout en combattant l’islamisme politique sans le confondre avec l’islam ? Quelle politique migratoire, qui dépend de notre capacité d’accueil, tout en allant de pair avec la générosité et la fermeté républicaines. Comment refaire la nation « civique », telle que notre Révolution en a posé les principes, car la démocratie suppose un sentiment d’appartenance fort que seule la nation peut offrir ?

Comment faire de l’Europe « L’Europe européenne » à partir de ses nations et en faire un acteur stratégique autonome. Ouverte vers l’Est et vers le Sud. Une Europe solidaire des nations et des peuples, fidèle à l’esprit des Lumières, « carrefour des civilisations », porteuse d’un véritable universalisme ?

L’enjeu de cette élection présidentielle n’est-il pas fondamentalement de faire surgir cette « nouvelle offre politique » ? Un choix que peuvent entendre les républicains qui entendent rester fidèles à l’inspiration profonde de Jean Jaurès et de Charles de Gaulle et à la philosophie du Conseil national de la Résistance ?

Claude NICOLET
Président de la Nation citoyenne

De quoi les éoliennes sont-elles le nom ?

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le 29 Juin 2021

Ma tribune publié le 23 juin sur le site RT France

Incontestablement, les éoliennes sont les invitées surprises de ces élections départementales et régionales. En fait, nos concitoyens se sont emparés de ce moment pour en faire un levier, un outil au service de leurs préoccupations. Certes, le RN tente d'en faire ici ou là un étendard. A l'inverse, les partisans instrumentalisent tout autant en essayant de transformer en horribles fascistes celles et ceux qui ont le mauvais goût de se poser des questions voire de s'y opposer.

A l'image du «front républicain» qui ne convainc plus grand monde, il est frappant de constater que toute une partie du «cercle de la raison» condamne désormais et qualifie d'extrémiste de droite le citoyen qui exerce tout simplement son libre arbitre et sa capacité de réflexion. Transformant le fameux «Je pense donc je suis» de Descartes qui est l'un des fondements de notre culture et de notre identité politique en «Tu penses, donc tu hais», ce retournement, destructeur est l'une des fractures françaises qu'illustrent les conflits des éoliennes.

Ce qui est particulièrement frappant est de constater la multiplication des collectifs, associations, groupements divers et variés de citoyens français qui s'organisent, dans l'immense majorité des cas de façon totalement autonome et indépendante des partis politiques, des «débats publics» ou des syndicats. C'est à la fois révélateur de la méfiance, voire du discrédit des organisations collectives «officielles» mais également réjouissant de voir ce regain démocratique et cette volonté d'auto-organisation.

Lire aussi Esprit libre, Stéphane Bern s'affirme «un peu révolté et lanceur d'alerte» sur le patrimoine français (image d'illustration). Stéphane Bern : «Moi qu'on imagine au mieux avec le pouvoir, je suis sur les barricades» (ENTRETIEN) Partout les éoliennes suscitent désormais une opposition qui va bien au-delà du simple refus d'en avoir au bout de son jardin. Ce qui apparaît clairement, c'est qu'il n'est plus possible de séparer la question énergétique de la question démocratique. Or, l'irruption de la question démocratique, donc de la raison, dans un environnement totalement sous l'emprise de l'idéologie dominante – qui a transformé la question énergétique en véritable morale (le bien et le mal) – ne peut que provoquer un véritable choc.

Ce qui me frappe, c'est la qualité avec laquelle nos concitoyens s'organisent, se renseignent, s'informent et informent, se mobilisent, mettent sur pied des réunions publiques, des manifestations. J'ai vécu de semblables moments lors du référendum de Maastricht en 1992 mais surtout lors de celui du 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen. Ils connaissent les enjeux, maitrisent l'agenda politique et se moquent de savoir si les éoliennes sont dans les compétences des départements ou des régions. Ils veulent désormais reprendre en main le cours de leur destin et celui de leur pays et pour cela, hors de question de se laisser enfermer dans un quelconque «agenda».

Les éoliennes sont devenues le symbole et la synthèse d'un ensemble de problématiques et de malaises français

Car ils comprennent de plus en plus et de mieux en mieux que, derrière la «lutte contre le changement climatique» (que personne ne remet en cause), c'est d'autre chose dont il est question : la souveraineté énergétique de la France, la destruction de ses paysages, les enjeux géostratégiques et géopolitiques, les rapports de force sans pitié au sein de l'Union européenne (en particulier le rapport franco-allemand), la destruction d'EDF, du service public de l'énergie et de sa mise à l'encan sur le marché mondial via des multinationales complètement intégrées au système financier et néolibéral. Ils comprennent de plus en plus que c'est aussi et peut-être même surtout, de cela dont il s'agit. Evidemment tout cela ne semble pas très «vert». Or, la pression idéologique ne peut s'accommoder longuement avec un mouvement de fond qui tente de sortir de la situation dans laquelle on cherche à l'enfermer.

Les éoliennes sont devenues le symbole et la synthèse d'un ensemble de problématiques et de malaises français. Ceux-ci s'attaquent actuellement à l'une des dernières fiertés françaises, c'est-à-dire la beauté de nos paysages et la fierté tranquille qu'elles nous inspirent. Il ne faut pas négliger l'attachement «charnel» des Français à la beauté de notre pays. Or, cette atteinte majeure à ce qu'ils considèrent, à juste titre, comme étant leur patrimoine, se greffent sur un sentiment profond de délitement du pays sur lequel j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer dans ces colonnes. Nos compatriotes font de moins en moins le lien entre la nécessité de lutter contre le changement climatique et le saccage de nos paysages, la lutte indispensable contre les rejets de CO2 et la multiplication par deux du nombre d'éoliennes. Dans le même temps, le citoyen redécouvre que l'électricité d'origine nucléaire n'est pas sans vertus loin s'en faut : décarbonée, elle fait de la France une grande puissance énergétique. Le citoyen comprend également de mieux en mieux que tout cela est l'enjeu de gigantesques négociations au sein de la Commission européenne, que l'Allemagne et son industrie aimeraient bien ne plus avoir EDF comme concurrente, que la transition écologique allemande et son programme d'arrêt du nucléaire est loin d'être une réussite. Oui c'est de tout cela dont on parle dans les collectifs.

[Un] sujet qui est à la fois, industriel, technocratique, touche à notre souveraineté et à la maîtrise de notre destin

En outre, les Français perçoivent de mieux en mieux la globalité des enjeux que recouvrent ce sujet qui est à la fois, industriel, technocratique, touche à notre souveraineté et à la maîtrise de notre destin. Loin d'être un refus de lutter contre le changement climatique, ils refusent de prendre des vessies pour des lanternes dans un contexte d'immense discrédit de la «classe politique.» Question énergétique, question démocratique, enjeux globaux... nos concitoyens font le lien et ne supportent plus les leçons de morale de la ministre de la Transition écologique Madame Barbara Pompili comme de tant d'autres. Car ils sentent bien que ce «modèle» qu'on leur propose n'est qu'un moyen supplémentaire de les empêcher de reprendre en main notre destin collectif.

Douai plutôt que Dunkerque...l'éolien n'est pas un avantage comparatif

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le 31 Mai 2021

Le groupe chinois « Envision » vient de décider d’investir à Douai plutôt qu’à Dunkerque. Ce groupe qui est spécialisé dans les batteries pour voiture électrique, envisageait depuis quelques temps déjà de réaliser un investissement massif en France dans le cadre du déploiement de sa stratégie de développement à l’international.

Après avoir dans un premier temps pensé à s’installer à Rouen, des déclarations intempestives et malheureuses avaient annoncé qu’Envision s’installerait à Dunkerque avec la création de plus de 1000 emplois. Nous savons désormais qu’il n’en est rien. Certes nous pouvons le regretter mais il nous faut surtout comprendre les raisons de cet échec.

Au final, c’est Douai qui est retenue. Nous devons d’abord nous en féliciter. A la fois pour notre région mais également pour notre département car nous en avons bien besoin.

D'abord des logiques industrielles

« Gigafactory » construite sur 120 hectares avec un investissement global de 1 milliards d’euros d’investissement, l’implantation de cette énorme infrastructure va également venir conforter notre filière automobile qui pèse d’un poids considérable dans notre économie régionale et nationale.

Il faut évidemment penser cette implantation dans le cadre des stratégies industrielles qui se déploient à l’échelle mondiale. Renault, en difficulté notamment dans sa relation « compliquée » avec Nissan implanté à un jet de pierre à Valenciennes, fait le choix d’un partenariat stratégique avec un investisseur chinois pour être directement compétitif sur le marché européen qui est un des plus concurrentiels au monde.

Ce qu’il nous faut bien comprendre c’est que se sont des logiques industrielles qui sont à l’œuvre. La recherche d’alliances basées sur des intérêts partagés que permet le rassemblement de conditions précises. Dans le cas présent, Douai semble cocher toutes les cases. Tout d’abord un secret total a entouré les négociations même si depuis quelques temps voire plusieurs mois il était clair que Dunkerque n’était plus sur la liste finale mais que l’État et la Région pesaient de tout leur poids pour que le choix s’oriente vers le bassin minier, notamment après l’annonce de la fermeture de Bridgestone. De fait, Béthune n’est séparé que de 50 km de Douai qui n’est elle même qu’à une demi-heure de Lille et de l’aéroport de Lille-Lesquin, à proximité immédiate de la plateforme multimodale de Dourges, d’un réseau fluvial de qualité ainsi qu’au centre d’un réseau de communication essentiel (A1/A7/A16/A21/A26) et directement en lien avec Valenciennes.On mesure mieux aujourd'hui, l'erreur que représente l'abandon du projet "HORN" en 2014 porté par le groupe Eiffage sur le port de Dunkerque. Le montant annoncé de l’investissement public (121 millions d’euros), illustre d’ailleurs cette volonté politique de voir « Envision » s’implanter dans le secteur. Si ces données font classiquement partie de toute décision, il est à noter qu’elles restent déterminantes. Infrastructures, environnement « politiques », cohérences et opportunités industrielles, logiques économiques et sociales...Il est évident que la proposition de Renault représentait un attrait considérable pour « Envision» et dans ce domaine, c’est d’abord ça qui compte. Voilà ce qui a déterminé les décisions de Renault et de « Envision. »

L’éolien n’est pas un avantage comparatif

Quand vous faites un investissement d’un milliard d’euros, vous ne le faites pas à la légère. Dans le cas présent, Renault ne joue pas contre la France comme le prétend le président de la Communauté urbaine de Dunkerque mais Renault joue une partie mondiale tout en devant sortir d’une mauvaise passe alors que dans le même temps, nous devons conforter notre filière industrielle automobile dont certains spécialistes annoncent la disparition pure et simple en France.

L’argument du « parc éolien » au mieux en service en 2027 et probablement même jamais, non seulement ne tient pas la route bien longtemps mais illustre l’impasse dans laquelle s’enferme le littoral dunkerquois au nom d’une vision hors de la réalité, soutenue par une idéologie faisant fi des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Il ne suffit pas de faire de l’éolien un « argument de vente » encore faut-il qu’il corresponde à une réalité. Or l’industrie ne peut s’appuyer sur une énergie intermittente, qui plus est qui rencontre une opposition de plus en plus massive de la part des populations locales, à Dunkerque comme ailleurs.

Si « Envision » voulait s’installer à Dunkerque parce qu’il y a de l’énergie décarbonée, celle-ci lui parviendra de la centrale nucléaire de Gravelines, qu’il soit à Douai comme à Dunkerque. Voilà ou se situe notre compétitivité.

La transition énergétique est d’abord et avant tout une question démocratique.

Cette annonce, illustre cependant à quel point les analyses que je fais, les mises en garde que je ne cesse de lancer sur les illusions de l’éolien comme « avantage comparatif » sont fondées. Mais l’aveuglement du pouvoir local dunkerquois, refusant d’entendre, d’écouter celles et ceux, de plus en plus nombreux, qui sentent bien que nous faisons fausse route, devient réellement inquiétant. La transition énergétique ne peut se faire sans une implication importante de nos concitoyens.

C’est également et surtout une question démocratique, voilà ce qui ressort notamment de l’échange que j’ai pu avoir le 04 mai dernier avec François Bayrou Haut-commissaire au Plan sur les questions énergétiques. Or la tendance actuelle de Mme Pompili comme du président de la CUD d’assimiler au RN ou à l'extrême droite celles et ceux qui s’interrogent, voire s’opposent (...) est vécu comme un abus (...) non seulement indigne mais produit exactement l'effet inverse. Fermer toute perspective, refuser d'entendre nos concitoyens qui veulent s'exprimer en réclamant notamment un référendum ne pourra aboutir qu'à une multiplication des tensions.

Cette alerte est déjà très inquiétante. Dans ce domaine il est impossible de se bercer d’illusion et de tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il faut de toute urgence repenser les conditions du développement économique, industriel et social de Dunkerque. Il faut aussi se poser la question démocratique que le système politique local refuse désormais d’aborder.

Claude Nicolet
Conseiller municipal de Dunkerque
Conseiller communauté urbaine de Dunkerque

Ensemble, construisons l'avenir pour les Hauts de France

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le 8 Avril 2021

Dans quelques semaines, des élections régionales doivent théoriquement se dérouler. Comme partout en France, les citoyens des Hauts de France seront amenés à se prononcer sur l’avenir de notre région. Cette région nous la connaissons bien. C’est une région que l’Histoire n’a pas épargnée. Terre de travail, d’industrie, d’entrepreneurs, d’innovation et de création mais aussi de luttes sociales et de progrès. Terre de violence et de fraternité. Notre région doit toujours construire son avenir.

Ses atouts sont nombreux. C’est une région jeune, aux nombreuses infrastructures, restant attachée à son tissu industriel, bénéficiant d’abondantes ressources énergétiques, ayant une façade maritime et des outils industrialo-portuaires de première importance, une main d’œuvre bien formée et une identité culturelle indiscutable.

Mais il existe aussi des difficultés qu’il faut regarder en face. Un sous-investissement chronique de l’État, moins de fonctionnaires par habitants qu’ailleurs, une région frappée durement par la désindustrialisation avec toutes les conséquences que cela entraîne et qui met nos concitoyens trop souvent aux premières loges des difficultés économiques et sociales.

Mais ici comme ailleurs, le sentiment de délitement fait son œuvre. Dans cette terre ouvrière aux multiples facettes, beaucoup s’interrogent consciemment ou pas sur le maintien de la présence de la République sur notre territoire. Peut-être plus qu’ailleurs, une situation redoutable se pose à nous, citoyens des Hauts de France au regard de l’importance du vote FN/RN notamment si nous constatons l'importance des défis économiques, sociaux, environnementaux auxquels nous sommes confrontés, sans compter la profondeur de la crise identitaire, culturelle et politique que nous traversons. Crise de longue durée, en particulier dans notre région. Il suffit à ce titre de reprendre les votes de Maastricht, de 2002, de 2005, de 2015 (Régionales et Référendum européen), de 2017…depuis 30 ans la liste est longue, les avertissements innombrables... quant aux réponses....

Peut-être plus qu’ailleurs, la dépression nationale trouve dans les Hauts de France un écho puissant. Parce que sont posées les questions industrielles, énergétiques, portuaires, sociales, sanitaires. Parce que le sort du pays, souvent dans ces moments les plus tragiques lui est intimement lié. De la révolution industrielle et l’aventure minière en passant par la bataille de Dunkerque et le rembarquement de l’opération Dynamo jusqu’à la bataille du charbon qui a permis à la France d’avoir l’énergie indispensable pour se redresser vaille que vaille, les Hauts de France ont « bien mérités de la Patrie. »

Cette fierté, car c’en est une, s’est payée et se paye au prix fort en termes de sacrifices des hommes, des femmes et de leur santé. Fierté qui s’articulait pleinement avec un puissant sentiment d’appartenance au pays, y compris pour tous ceux venant d’ailleurs, qu’ils fussent d’Europe de l’Est ou du monde méditerranéen.

Mais aujourd’hui quelle vision d’avenir, qu’elle vision stratégique et de valorisation de notre modèle économique et social ? L’État portant les politiques néolibérales produites par Bruxelles, nous demandant sans cesse d’intégrer des contraintes extérieures à ce que nous sommes, peut-il répondre à ces interrogations et offrir une perspective politique nouvelle à même de combler la profondeur de la fracture que nous constatons chaque jour davantage ?

Nous faisons le pari que la remise en mouvement des citoyens, de notre région, de notre pays et probablement même du projet européen ne pourra se faire qu’à la condition de "faire en toute chose retour à la République" comme l’avait annoncé Lionel Jospin lors de son discours de politique générale en 1997 lors de la victoire surprise de la gauche plurielle. Qu'en reste t-il ? Comme le souligne fort justement Arnaud Montebourg dans son livre "l'engagement" lorsqu'il rappelle les propos de François Hollande quand il lui propose le ministère de l’Économie en 2014, "cet accord, c'est le même que celui que François Mitterrand noua avec Jean-Pierre Chevènement. Cet accord, s'il se défait, alors tout se défera." Tout s’est défait...

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et il faudra également faire retour à la souveraineté sanitaire, énergétiques, agricole, industrielle, écologiques, technologique, énergétique et nationale. Ce dernier point est essentiel à nos yeux, car il n’y aura pas de résolution des défis sans un retour à la souveraineté nationale et populaire. Nous entendons déjà les cris d'orfraie quant au repli nationaliste...venant de la part de ceux qui n'ont jamais hésité à livrer le sort de nos concitoyens à la brutalité néolibérale alors que 69% des Français considèrent que le pays a perdu sa souveraineté.

De la même façon, la République doit rester le cadre du strict respect de la laïcité afin notamment de permettre à chacun de nos enfants d'accéder à l’avenir auquel ils a droit. C’est la raison pour laquelle, nous interpellerons et questionnerons chacune des têtes de listes afin de connaître leurs positions sur ce que nous estimons vital pour les Hauts de France et nous pèserons là où nous serons les plus efficaces et les plus utiles à l’intérêt général et à l'idée que nous nous faisons de notre Région, de notre Pays et de la République.

Jean-Marie ALEXANDRE
Maire de Souchez
Premier secrétaire du Mouvement des Citoyens

Christian HUTIN
Député du Nord
Secrétaire national du Mouvement des Citoyens

Claude NICOLET
Conseiller municipal de Dunkerque
Secrétaire national du Mouvement des Citoyens

Sabine VAN HEGHE
Sénatrice du Pas-de-Calais
Sécrétaire nationale du Mouvement des Citoyens

Les Français sentent le pays se déliter

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le 5 Avril 2021

Ma tribune publiée sur lefigaro.fr le 01/04/2021

La croisée des chemins: expression tellement utilisée qu’il n’est pas impossible qu’elle en ait perdu toute signification. Et pourtant... il n’est pas totalement illégitime de penser que nous y sommes.

Les fractures politiques, économiques, culturelles, identitaires, sociales que certains d’entre nous annonçons, décrivons depuis des années sont là. Nous l’annoncions dès 1992, avec Jean-Pierre Chevènement lors de la création du Mouvement des Citoyens.

Depuis trente ans, vaille que vaille au risque de toutes les stigmatisations, de tous les noms d’oiseaux et parfois des insultes, nous sommes restés fidèles aux analyses qui sont les nôtres parce qu’elles s’appuient sur des convictions profondes et une conception de la France, de la Nation, de la démocratie, de la souveraineté et de la République que nous refusons de séparer les unes des autres, même si nous ne les confondons pas.

Nos mises en garde ne furent pas entendues, nos propositions ne furent pas retenues et la gauche à force d’épouser le néolibéralisme sans jamais vraiment le reconnaître a préféré rompre avec le peuple et briser «les noces de la Nation et de la classe ouvrière» voulues par Jean Jaurès et se tourner vers les «minorités» quelles qu’elles fussent plutôt que de remettre en cause ce qui deviendrait la politique du «franc fort» et de l’arrimage au Deutch Mark pour faire l’euro au prix de notre industrie.

Les partis politiques sont profondément décrédibilisés sur fond de disparition de l’oxygène démocratique car éliminé par la fin de la souveraineté.

L’alignement de la France passait par son alignement européen et atlantiste. L’Union européenne qui était acceptée par les Français tant qu’il s’agissait de faire «la France en grand» s’est transformée en Europe allemande, nous isolant durablement et nous affaiblissant peut-être plus encore.

Certes, le «virage de 1983» pour orienter la France dans le sens des «vents dominants» du néolibéralisme, parfaitement décrit par Jacques Delors pouvait sembler inévitable. Mais avec «l’acte unique» de 1986 livrant le pays aux mouvements de capitaux puis le Traité de Maastricht (1992) gravant dans l’ADN de l’Union européenne le gène du néolibéralisme, la gauche ne l’était plus vraiment.

Dès l’élection présidentielle de 2002 nous avons pu mesurer la fracture et l’attente des Français. L’appel de Jean-Pierre Chevènement n’est pas resté sans lendemain. Du communiste Rémi Auchedé ou Anicet Le Pors à l’ancien chef de cabinet du général de Gaulle, Pierre Lefranc, en passant par les radicaux d’Emile Zuccarelli, 2002 est le signal que la recherche d’une alternative était lancé. Il n’y a pas de vision politique qui vaille si elle ne s’inscrit pas dans la compréhension des phénomènes qui sont à l’œuvre et si elle ne s’inscrit pas dans la longue durée.

Le résultat de ces quarante piteuses est politiquement dramatique. Les partis politiques sont profondément décrédibilisés sur fond de disparition de l’oxygène démocratique indispensable pour survivre car éliminé par la fin de la souveraineté, condition de notre liberté.

Comment articuler la question sociale et la question nationale, comment articuler la question de la laïcité et de la citoyenneté, cœur du projet républicain si en réalité les conditions même du débat et surtout de leurs existences ne sont plus réunies?

La désarticulation de la question sociale et de la question nationale sur fond de fin de la souveraineté signe la fin de l’idée républicaine.

Ce qui nous constitue en tant que peuple politique ce sont justement le fait de pouvoir débattre de ces questions. C’est cette «dispute commune» qui nous permet de «faire France», de «faire Nation». Et c’est aujourd’hui le cœur même de cette possibilité qui est attaqué au plus grand profit de ceux qui en veulent la fin afin de soustraire au peuple son identité politique et sa capacité d’agir sur son avenir, sur son destin.

Des offensives de l’islam politique (qu’on cherche honteusement à assimiler aux «musulmans»), aux minorités agissantes qui remettent en cause la laïcité, l’égalité républicaine, qui catégorisent les citoyens en «racisés», en genres sexuels, en luttes intersectionnelles, en communautés séparées les unes des autres, en guerre homme/femme, dans un pays où les enseignants sont menacés, agressés, molestés et parfois massacrés, dans un pays où la violence frappe chaque jour davantage notamment les crimes de sang, alors que c’est la dispute politique qui nous relie les uns aux autres, la crise du politique se transforme inévitablement en crise identitaire et culturelle. La guerre de tous contre tous dans un état de tension permanent est consubstantielle à la société néolibérale.

Ce champ de ruines démocratiques et politiques nous pouvons en mesurer les dégâts chaque jour qui passe. La désarticulation de la question sociale et de la question nationale sur fond de fin de la souveraineté signe la fin de l’idée républicaine et constitue la plus belle des victoires de ceux qui veulent mettre un terme au cycle historique et politique ouvert en 1789.

Comme l’a magnifiquement dit Philippe Séguin, «Maastricht est littéralement l’antithèse de 1789.» Il avait lui aussi, compris dès 1992 de quoi il s’agissait. Et lui, l’enfant de Tunis, le pupille de la Nation, le fils d’un père mort pour la France en 1944, lui, le gaulliste intègre et respecté, lui l’amoureux de la France et de la République, ne pouvait accepter ce qui lui semblait inacceptable et qui ressentait, au fond de lui-même ce choix comme une trahison. Il faisait partie de ces hommes à la recherche de l’alternative politique qui permettrait de refonder la République. L’époque et la mort ne lui en ont pas laissé ni le temps ni la possibilité.

Quarante ans plus tard nous en sommes-là. L’Union européenne ne parvient pas, parce qu’elle ne peut pas se substituer aux nations qui la composent à «offrir» ou à proposer un imaginaire de substitution suffisamment puissant pour forger un «peuple européen» qui décidément, refuse d’exister. La crise sanitaire ne cesse de la démontrer.

L’heure est à l’audace et à la prise de risque parce que la situation l’exige et que les Français le savent alors qu’ils sentent le pays se déliter.

Or ce cycle néolibéral ouvert à la fin des années 70 par Margaret Thatcher et Ronald Reagan se termine. C’est désormais à une nouvelle perspective politique qu’il nous faut travailler et proposer aux Français. Cela ne peut se faire qu’à partir d’une compréhension précise de notre époque et de la situation dans laquelle nous nous trouvons. «Être libre c’est avoir l’intelligence de son temps» nous dit Jean-Pierre Chevènement, c’est de cela dont il s’agit aujourd’hui.

Cela sous-entend d’avoir désormais la capacité de s’affranchir d’un certain nombre de grilles de lecture qui aujourd’hui nous paralysent, tant à «gauche» qu’à «droite» car les vraies lignes de fractures ont totalement fait voler en éclats ce qui constituait «l’ancien monde». Mais le «nouveau monde» n’est toujours pas advenu car il nécessite un effort considérable de réflexion, d’intelligence collective et surtout de courage politique.

L’époque n’est pas aux anciens arrangements. Les annonces artificielles d’accords d’appareils politiques ne satisferont que les derniers membres du clergé alors que les croyants (s’il en reste) sont déjà partis voir ailleurs depuis bien longtemps. D’ailleurs, en fonction de l’église à laquelle ils appartiennent ils ne seront d’accord sur rien. Nucléaire? Politique énergétique et industrielle? Politique économique? Politique des Transports? Politique sanitaire? Politique de relance?

L’heure est à l’audace et à la prise de risque parce que la situation l’exige et que les Français le savent alors qu’ils sentent le pays se déliter. L’heure n’est même plus au «front républicain» dont l’idée n’intéresse plus grand monde tant les citoyens ont le sentiment (ont-ils tort?) de s’être fait avoir.

Non, l’heure est à une refondation républicaine avec celles et ceux qui en auront le courage, la volonté et qui auront la capacité d’agir en femmes et en hommes libres afin de reprendre en main le cours de notre destin.

La Nation est de retour

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le 29 Mars 2021

Ma tribune publiée sur RT France le 28 mars 2021

Les événements se précipitent. Sur fond de crise économique et sanitaire, d'angoisse identitaire et culturelle, on assiste médusé à la multiplication de décisions, d'affirmations qui illustrent, en réalité, la profondeur du malaise français. Il y a quelque temps, Marcel Gauchet parlait de «malheur français». La question que nous devons également nous poser est de savoir si cette dépression française est passagère ou si elle est la signification, selon Pierre Manent, «du désir de persévérer dans l'être qui serait en train de quitter les Français» pour paraphraser la formule de Spinoza.

Je suis de ceux qui considèrent que ce questionnement est central et qu'il fait partie de ces nouvelles lignes de fractures, de ces nouveaux clivages qui agitent de plus en plus violemment la société française. Qu'est-ce qu'être Français ? Qu'est-ce que la nation française ? Souhaite-t-elle «persévérer dans son être» ? Question redoutable qui nous oblige à réinterroger un continent oublié. Qui nous oblige également à reprendre langue et contact avec notre histoire:

  • A réinterroger ainsi Michelet et son Histoire de France, qui écrit que “la France a fait la France, et l’élément fatal de race m’y semble secondaire. Elle est fille de sa liberté".
  • A réinterroger aussi Jaurès dans l’introduction de son Histoire socialiste de la Révolution française : “Il nous plaira, à travers l’évolution à demi mécanique des formes économiques et sociales, de faire sentir toujours cette haute dignité de l’esprit libre, affranchi de l’humanité elle-même par l’éternel univers... Aussi notre interprétation de l’histoire sera-t-elle à la fois matérialiste avec Marx et mystique avec Michelet”, - A réinterroger évidemment de Gaulle qui toute sa vie s'est fait «une certaine idée de la France. Le sentiment me l'inspire tout autant que la Raison».
  • Ou à réinterroger encore Braudel dans son Identité de la France : «Toute nation est divisée, vit de l’être (...) La division est dans la maison française, dont l’unité n’est qu’une enveloppe, une superstructure, un pari.» Tout est dans le pari mis en lumière par Braudel.

Là est probablement l’exceptionnalité française et le génie de notre pays, c’est le refus de la communauté par l’Egalité. Je pourrais en citer des dizaines d'autres, historiens, penseurs, politiques...

Et bien c'est de cela dont il s'agit. De reprendre langue avec ce que nous sommes. Non pas dans une vision idéalisée d'un âge d'or qui, comme tous les âges, d'or n'a jamais existé, mais avec la volonté «d'être». De reprendre un chemin qui ne peut être que celui de notre liberté et peut-être de notre destin.

Car ne nous berçons pas de fausse naïveté, la tentation de la disparition est là. Elle existe et beaucoup la souhaiteraient. Cela oblige chacun à prendre ses responsabilités au regard de l'histoire et surtout de l'avenir.

Qu’y a-t-il en effet de commun entre les partisans de l’indigénisme, du décolonialisme, de l’intersectionnalité, des différentialismes divers et variés et ceux pour lesquels ces théories sont dangereuses et contraire à ce que nous sommes ? Qu’y a-t-il de commun entre un partisan des «racialisations» et un universaliste ? Qu'y a-t-il de commun entre un communautariste et un républicain ? Qu'y a-t-il de commun entre la «cancel culture», la victimisation permanente de «minorités» obligatoirement discriminées par un racisme systémique, et ce que nous dit Michelet, à savoir que «la France est fille de sa liberté [...] c'est-à-dire qu’elle se fabrique elle-même, en permanence parce que refusant de se définir par une race, par un volk» ?

Comment ceux qui condamnent les dérives de l’UNEF et de ses réunions «racisées» peuvent-ils s’entendre avec ceux qui la soutiennent ? Comment ceux qui condamnent le versement d’une subvention de 2,5 millions d’euros par la municipalité écologiste (EELV) de Strasbourg peuvent-ils s’entendre dans des alliances électorales sans demander des comptes ? Parce que nous sommes ici clairement dans le renforcement d’influences étrangères qui vont directement à l’encontre des valeurs de la République et jouent contre nos intérêts intérieurs et extérieurs.

Pensent-ils, EELV et ses alliés, que les Français ne s’en rendent pas compte ? Au contraire, ils sont lucides et la responsabilité pèse lourdement sur les épaules de ceux qui ont la charge, le devoir de transmettre afin de continuer. Tout héritage se transforme et c’est très bien ainsi mais un peuple, une nation doivent se tenir droit face à l’histoire, c’est le plus sûr moyen de ne pas avoir peur de l’avenir et d’y jouer encore son rôle.

C’est aussi de tout cela dont seront faits les futurs enjeux politiques auxquels nous sommes déjà confrontés. Voilà les véritables choix. La Nation est de retour et ça ne plaît pas à tout le monde.

Claude NICOLET
Président de La Nation citoyenne

"Reviens Jaurès, ils n’aiment plus la Nation !"

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Catégorie : Prises de positions
le 26 Mars 2021

Ma tribune publié sur le site Marianne le 24 mars 2021

Ce que bien de nos "élites" dites de gauche ne parviennent, ne veulent pas comprendre, voire qu’elles combattent, c'est le lien qui existe entre ce qu'il y a peu de temps nous appelions encore la "classe ouvrière" et la nation. La nation reste l’un des grands impensés de la gauche française. C’est peut-être même l’un des points le plus sensibles et il n’est pas inutile de constater la tentative de disparition de ces deux notions à l’occasion de ces quarante dernières années. Souvenons-nous par exemple de l’avertissement de Pierre Mauroy durant la campagne présidentielle de Lionel Jospin : « ouvrier ce n’est pas un gros mot »

Le "trouble dans la civilisation" provient probablement de l'éclatement de ces deux notions. Non pas que les ouvriers n'existent plus, certainement pas, ils sont encore plusieurs millions, auxquels il faut ajouter des millions de salariés précarisés et affaiblis par le néolibéralisme qui dissout les solidarités sociales et culturelles, identitaires et politiques. Dans le même temps et de façon logique et cohérente, l'idée de nation a été discréditée, ringardisée et renvoyée à un archaïsme devenu encombrant.  En France en particulier. Or le moment est probablement venu de les réinterroger et de réinterroger ce lien qui doit nous unir et qui en France a pris la forme de la République.

Or ce lien, a été pensé par l'un de ceux qui ont marqué d'une empreinte indélébile notre identité politique, au-delà même de la gauche: Jean Jaurès. Il avait compris que pour que la République advienne et tienne ses promesses, il fallait que fussent célébrées "les noces de la classe ouvrière avec la nation." Il avait compris qu'il y avait là un chemin qui devait être pris et que ce chemin était également nécessaire pour réaliser une unité de classe, "un peu d'internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène." Il avait tiré les leçons de l’épisode de la commune. La nation républicaine le meilleur antidote au nationalisme, au chauvinisme et finalement à la guerre. Le parti socialiste devait selon lui en être l’outil et le peuple pleinement souverain devait intégrer la nation, lieu de la possibilité démocratique et l’Etat outil de son émancipation.

Conscience

De nos jours, si la notion de classes a été profondément remise en cause, ça ne veut pas dire que les "ouvriers", les salariés, les précarisés n'ont pas une profonde conscience d'eux-mêmes et des injustices auxquelles ils sont confrontés. Et cette conscience va de pair avec un profond attachement qu'ils continuent d’avoir à la nation.

Pour quelles raisons auraient-ils abandonnés les formations politiques qui étaient censées les représenter ? Pour quelles raisons les ouvriers, les salariés, quand ils votent, ne votent plus "à gauche" ? Pour quelles raisons beaucoup d'entre-deux votent FN/RN ? Parce que 30 où 40% de nos compatriotes seraient devenus des fascistes ? Des extrémistes de droite ? Des racistes et des islamophobes indécrottables ? Non bien sûr, mais il est tellement plus simple de professer l'inverse et de promouvoir aujourd'hui la face B du disque néolibéral fait de racialisme, d'intersectionnalité, d'indigénisme, de décolonialisme, d’islamophobie, et de victimisation perpétuelle.

La nation, seul bien des ouvriers, salariés, précarisés

S'ils sont aujourd'hui là où ils sont, c'est qu'on les y a mis, ou plutôt c'est qu'on les y a abandonné parce que les ouvriers, les salariés, les précarisés eux, n'abandonneront pas la nation, c'est leur seul bien, leur seul patrimoine. En lâchant la nation pour voguer vers d’autres cieux, le marché unique, Schengen, la concurrence libre et non faussée, la liberté de mouvement des hommes et surtout des capitaux, l'euro, l'économie des services et de la connaissance...ils ont bien compris que quelque chose n'allait pas. Peut-on leur donner tort ?

Que nous dit Ernest Renan dans sa fameuse conférence « qu’est-ce qu’une nation ? » « Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une […]. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. […] Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. […] Je me résume, Messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagne. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. »

C’est de cela dont est fait notre imaginaire politique, donc notre imaginaire national. Pour notre pays, pour la France, pour le peuple français, cette remise en cause pose un problème redoutable qui touche à son existence même c’est-à-dire à la définition qu’il se fait de lui-même au travers de cette perpétuelle interrogation, de cette recherche constante d’équilibre, de cette « dispute commune » pour reprendre le mot de Stéphane Rozès.

Des ambitions qui les dépassent

Multiculturalisme et néolibéralisme marchent ensemble, tels les chevaliers de l'Apocalypse. Et nos petits décoloniaux ne sont que les supplétifs, la piétaille, la chair à canon d'ambitions qui les dépassent. Mais ils en sont d’autant plus zélés que dans le concert des nations nous n’avons pas que des amis qui nous veulent du bien et qui savent également les utiliser au plus grand profit de leur propre « soft power » et de leur désir de notre affaiblissement. Voilà le danger, le vrai danger dont ces idiots se font les complices. Ce qu'ils proposent n'est jamais que l'inverse de ce que nous dit Renan. Pour eux c'est d'abord la race, la religion voire même la langue. C'est à dire l’asservissement, « l’aliénation » aurait dit Marx, aux forces qui veulent toujours prendre leur revanche sur 1789 et l’esprit des Lumières. Et elles sont nombreuses.

Le phénomène de déconstruction nationale s'appuie sur les processus, les mécanismes néolibéraux qui brisent les solidarités collectives Et ni la "gauche", ni la "droite" ne peuvent plus aujourd'hui faire l'économie d'une analyse véritable quant aux conséquences de ces mécanismes. En s'acharnant à discréditer ceux qui veulent faire de la reconquête des territoires symboliques perdus de la République, une priorité absolue, nos adversaires dont certains sont des ennemis, drapent dans le manteau de la tolérance le poignard avec lequel ils frappent Marianne.

Non, le peuple ne divorcera pas de la Nation. Renouer avec lui veut donc obligatoirement dire renouer avec elle. L’enjeu, le véritable enjeu est là et il concerne tous ceux et toutes celles qui se disent encore républicains.

Claude Nicolet, président de "La Nation citoyenne"

  1. Énergie, nucléaire, courage et détermination. Dans les Hauts de France comme ailleurs.
  2. Islamo-gauchisme, y aurait-il un problème ?
  3. La Nation citoyenne, refondons la République au dessus de la droite et de la gauche
  4. La politique énergétique de la France

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