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Le PDG d’EDF vient de faire une déclaration fracassante qui n’a quasiment pas été reprise. Et pourtant...Jean-Bernard Lévy n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat en déclarant que « la commission européenne voulait l’éclatement d’EDF ». Une telle déclaration, de l’un des plus puissants patrons de France, de la part du dirigeant de l’un des plus puissants énergéticiens mondial aurait, dans un pays normal dû faire l’effet d’une bombe et la « Une » de tous les journaux télévisés...Non. Bien sûr que non. Nos intérêts les plus fondamentaux sont en jeux mais on nous parle de Harry et Meghan. Nous pourrions finir par croire que les plus outrageusement privilégiés sont également des nôtres et qu’il nous faut les défendre.
Le néolibéralisme nous assigne à l’indécence du spectacle des fortunes les plus colossales pendant que dans l’ombre se déroule les vrais affrontements et que s’organise la violence économique et sociale. De quoi s’agit-il ?
Comme on le sait, suite à Fukushima, Angela Merkel et la droite allemande (CDU/CSU/FDP)annoncent la sortie du nucléaire. C'était une coalition uniquement de droite : conservateurs et libéraux.
Cette décision a été prise dans une certaine précipitation, sans véritable préparation avec les industriels, auxquels la même coalition avait demandé d'investir en 2009 pour la prolongation des centrales au moins jusqu'en 2036.
Il est nécessaire de se souvenir d'un certain nombre d'éléments qui aident à fixer le contexte et à comprendre la situation et les enjeux d'aujourd'hui.
- En 2000 : la coalition rouge (298 députés) et verte (47 députés) négocie avec les producteurs d’électricité d’origine nucléaire un plafonnement des quantités d’électricité à produire. Cela conduit à un arrêt progressif jusque 2022. Accord qui ne débouche sur aucune plainte civile des producteurs.
- En 2009 : la coalition noire (239 députés) - jaune (93 députés) CDU/CSU/FDP (Parti libéral démocrate) décide d’augmenter fortement les quantités à produire, ce qui porte l’arrêt de la dernière centrale à 2036.
- mars 2011 : suite à Fukushima, mais aussi suite à la lourde défaite électorale de la CDU le 25 mars 2011 en Bade-Württemberg, les Verts prennent le Länd, le gouvernement CDU/CSU/FDP, Angela Merkel décide un moratoire immédiat sur le nucléaire et l’abandon de celui-ci à horizon 2022.
L’abandon du nucléaire est donc décidé par un gouvernement conservateur qui prend la mesure du rapport de force politique en Allemagne.
Merkel sait également que l'arrêt du nucléaire entrera plus facilement en résonance avec l'histoire allemande qu'en France. L’imaginaire a ici aussi toute sa place.
- En mars 2021 : suite aux plaintes des producteurs de nucléaire, qui avaient entamé des investissements en 2010, favorisés par le report de la fermeture des centrales, l’État allemand convient d’un compromis avec ces entreprises et paye 2,4 milliards d’euros à celles-ci en compensation de sa décision prise en 2011.
C’est ainsi qu’il faut aussi comprendre la volonté de la commission européenne sous pression allemande de démanteler EDF pour enlever à la France cet "avantage comparatif" que représente notre parc électronucléaire. Les questions environnementales n’ont pas grand chose à voir là dedans d'autant plus que nous savons que l'électricité d'origine nucléaire est la moins carbonée , la moins chère et la plus fiable en terme de capacité de production. Il suffit de regarder les comparatifs entre la France et l'Allemagne que produit chaque jour RTE par exemple.
Fukushima a donc été le moyen et le prétexte pour opérer un virage politique par la CDU/CSU face à une situation qui commençait à lui échapper. La question de la "sortie du nucléaire" doit être comprise dans ce contexte. Et il était impossible pour l'Allemagne qu'elle le fasse seule, pour des raisons de compétitivités économiques. La Belgique notamment s'est retrouvée aspirée dans le tourbillon et se retrouve aujourd’hui avec une politique énergétique totalement chaotique. Les problématiques des énergies renouvelables sont également à replacer dans ce contexte Je pense à l'éolien où l'Allemagne possède une avance industrielle sur la France qui est réelle.
Dans ce jeu qui se joue actuellement et dans lequel les citoyens français sont maintenus dans une ignorance totale, ce qui est un véritable scandale, nous avons beaucoup à perdre.
Il n'est absolument pas question ici d'intérêt général européen, encore moins de "souveraineté européenne" mais de rapport de force pur et dur sur des questions géopolitiques et stratégiques d'une importance considérable pour les intérêts français.
Tout cela est habilement masqué par les discours du politiquement correct et de la nécessité de "sauver la planète." La réalité est tout autre, il convient tout simplement de sauver l'un de nos derniers champions industriels qui permet encore à la France de peser dans le monde. Je sais que ce discours n'est pas politiquement correct mais il faut le tenir et tenter de faire prendre conscience des enjeux.
Tout doit être fait pour "sauver" EDF et il est à mes yeux inconcevable, que des formations politiques, en France, se font les relais de ces thèses et affaiblissent notre position. Faut-il rappeler les propos d'Eric Piolle, maire EELV de Grenoble, potentiel candidat à la présidentielle et reprenant les propos d’un ancien Premier ministre japonnais "une bonne centrale nucléaire est une centrale nucléaire fermée..."
Ces enjeux sont complexes et fondamentalement politiques qui conditionnent notre avenir même en tant que grande puissance. La volonté de l’État est ici déterminante.
Quant aux sociaux-démocrates allemands, eux aussi avaient accepté la fin du nucléaire civil dans le cadre du compromis qu'ils avaient passé avec les Verts (Agenda 2010) dans la coalition emmenée par Gërart Schröder. Le compromis pour avoir les Verts était simple, en échange de leur participation à la coalition qui a mis en œuvre les fameuses réformes du travail, des retraites et des assurances sociales (les fameuses loi Hartz), die Grünen obtenaient des socialistes allemands la fin du nucléaire. Cette politique de démantèlement de l’État social en Allemagne a coûté les élections aux socialistes et amené Angela Merkel au pouvoir depuis. Fondamentalement, le SPD ne s'est toujours pas remis de cet épisode qui a vu par ailleurs surgir un puissant parti d'extrême droite l'AFD.
Voilà de quoi on parle en réalité quand on parle énergie. Voilà l'arrière plan quand on évoque la centrale nucléaire de Gravelines, l'implantation d'un parc éolien offshore au large de Dunkerque ou l'envahissement d'éoliennes terrestres dans tout les Hauts de France. Tout est lié.
Alors que s’ouvre la campagne des élections régionales et que la présidentielle approche à grands pas, qu’elles seront les formations politiques qui seront clairement des partenaires d'EDF dans les Hauts de France et en France sur cette question aussi importante? S'opposeront-ils au projet Hercule (éclatement d'EDF voulu par Bruxelles et Berlin en sous-main), défendront-ils les salariés d'EDF, préserveront-ils l'identité énergétique de notre région ? Soutiendront-ils la filière nucléaire qui reste une filière d'excellence industrielle ? Soutiendrons t-ils le projet d’implantation d'EPR à Gravelines et ailleurs ? Entendront-ils nos concitoyens de plus en plus hostiles à l'éolien qui n'est pas, loin s'en faut, une solution pérenne. Soutiendront-ils les intérêts de la Région et de la France dans cette lutte violente en Europe mais aussi dans le monde ? S'adresseront-ils à l'intelligence et au patriotisme de nos concitoyens qui sentent bien qu'il y va de ce que nous sommes, de nos emplois, de notre capacité à rester une puissance industrielle et technologique dans cette compétition acharnée. Sont-ils prêts à abandonner les postures idéologiques voire démagogiques afin de servir l'intérêt général c'est à dire l'intérêt du pays et des Français.
Même si pour certaines d’entre-elles je ne me fais guère d’illusion, il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre.
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Il fallait que ça arrive,certain me questionnent, s'étonnent et engagent le débat sur cette question qui est à mes yeux d'une grande importance pour l'avenir de notre pays.
Je réponds à celles et ceux qui sont de mes amis et avec lesquels le dialogue est non seulement possible mais de qualité, fécond et plein du respect indispensable à la véritable amitié. Il faut dire qu'avec certain d'entre-eux j'ai usé mes semelles en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Israël, en Palestine. Nous avons écumé ensemble la bande de Gaza de long en large, rencontré les négociateurs des accords d'Oslo, de l'initiative de Genève et de beaucoup de ceux qui furent les acteurs du "rêve brisé" décrit si justement par Charles Enderlin.
Je vais tenter de faire la réponse la plus honnête possible en essayant d'aller à l'essentiel. Tout d'abord un préalable de méthode qu'il convient de préciser à propos des déclarations de la ministre Vidal sur l'enquête qu'elle compte diligenter sur l'islamo-gauchisme au sein de l'université française. Ces déclarations lui appartiennent et à elle seule. Je mesure néanmoins l'impact des paroles ministérielles, le trouble qu'elles provoquent et l'émotion qu'elles suscitent. L'université française doit-elle être libre ? De cette liberté académique indispensable à la recherche scientifique et à la fabrication du savoir ? Évidemment, voilà qui ne doit souffrir aucune contestation. Mais cette liberté ne se suffit pas à elle même. Elle est au service en même temps qu'elle participe de l’idée que nous nous faisons de nous-même et finalement l'avenir voire le destin du pays.
Cela dit, aussi loin que je me souvienne, l'université française a toujours été (ou presque) un lieu de militantisme, d'éveil et de formation à la conscience politique et sociale, il n'y a là rien de bien neuf. Et je me souviens bien dans mes jeunes années estudiantines qu'il était facile d'identifier l'orientation politique de tel ou tel professeur. Loin de me choquer, c'était une invitation à la confrontation et à la "dispute" . En revanche, la rigueur, la volonté de faire de nous la future "élite de la Nation" était une ambition clairement affichée par nos professeurs, fiers de leur travail et de leur désir de fournir au pays les cadres de demain.
Ils avaient conscience d'eux-même, de l'intérêt public, de leur mission et du pays. Cette dimension est essentielle, c'était il y a plus de trente ans. Nul doute que les enseignants tiennent toujours à donner le meilleur d’eux-mêmes. Mais quel regard porte aujourd’hui le pays et surtout l’État sur ses universités ?
Aujourd'hui dévalorisée, les moyens qui lui sont alloués sont parmi les plus faibles de l'OCDE. L'université a été abandonnée au profit d'un autre modèle, managérial, commercial, qui correspond aux attentes du nouveau modèle économique. Voilà qui pose la question des "élites" et de l'ambition d'un pays. Que veut-il pour lui même, ne s'adresse t-il qu'à des individus renonçant finalement à une vision collective? Question fondamentale à mes yeux. Voulons nous encore "faire France" et si oui, qu'est-ce que ça veut dire en 2021 ?
En réalité, l'université française est à l'image de la paupérisation, de la relégation et de la "mise à la périphérie" (pour paraphraser Christophe Guilly) de toute une partie de la société française. La fabrique de nos élites contemporaines ne lui appartient plus. Elle est elle même dans la banlieue non pas du savoir mais de la considération à laquelle elle peut légitimement prétendre. Évidemment, ce tableau comporte une multitude de nuances mais notre université souffre, comme notre système scolaire d'une difficulté qui tient aussi au fait que la France s'interroge sur elle-même. Sur ce qu'elle est, sur ce qu'elle veut être et transmettre. C'est une interrogation profonde sur ce que nous sommes. Il ne faut pas avoir peur de poser ce type de questions. La France veut-elle perdurer ? Il faut mesurer l'angoisse que représente cette question et qui, d'une façon ou d'une autre, traverse notre société. Mais de grâce, il faut cesser de taxer d'extrémiste de droite celles et ceux qui posent cette question et qui tentent d'y répondre. Il est quand même curieux, pour ne pas dire plus que désormais les tenants de l'universalisme républicain soient rejetés dans les bras de l'extrême-droite alors qu'ils tentent à toutes forces de desserrer les tenailles de la pince identitaire que le peuple français dans sa profondeur rejette viscéralement parce que contraire à la façon dont il s'est constitué.
Dès lors, pourquoi cette question de l'islamo-gauchisme provoque un tel débat ? Parce qu’elle nous interroge. Tout simplement.
Mettons-nous d'accord sur quelques points. L'islam politique existe t-il ? Je pense raisonnablement que nous pouvons être d’accord sur ce point. Sommes-nous confrontés dans notre pays à une offensive de l'islam politique ? Là encore nous pouvons être d'accord, du moins je le pense.
Continuons de préciser afin de ne laisser aucune place à l’ambiguïté, l'islam est une chose (immense), l'islam politique en est une autre, dangereuse. Et il est scandaleux que de vouloir à tout prix confondre les islamistes (les tenants de l'islam politique) avec LES musulmans. Hélas, nombreux sont celles et ceux qui tentent de réaliser cette "fusion" qui va à l'encontre des intérêts de la France qui se confond totalement dans le cas présent avec la République.
Nos ennemis, car ils se sont nos ennemis, c'est à dire les tenants de l'islam politique, sont à la manœuvre et oui l'université est aussi un objectif stratégique. Pourquoi ne le serait-elle pas ? Abandonnons toute naïveté et nous gagnerons un temps précieux.
Est-ce pour autant que "l'islamo-gauchisme" ne doit pas être un objet d'étude ? Bien sûr que non, bien au contraire. Ce concept serait issu de l’extrême droite (ce qui est contesté), mais nous savons que le champ des idées est aussi un champ de bataille (symbolique) destiné à produire du sens. Mais commencer par dire qu'il n'existe pas (l’islamo-gauchisme) interdit nécessairement qu'on l'étudie. J'entends ici et là qu'il n'est pas un concept scientifique (alors que bien des chercheurs disent le contraire) supposons que ce soit le cas et disons qu'il ne recouvre qu'un concept "politique", rien n'empêche alors qu'il soit étudié scientifiquement. L’histoire des idées existe bel et bien me semble t-il.
Tout comme il convient de se pencher sur les tensions pour ne pas dire plus qui se multiplient autour de certaines disciplines académiques ou enseignements scolaires directement impactés par l'islam politique à l’offensive (EPS, lettres, philosophie, sciences).
Faut-il, au nom d'une vision à courte vue, par facilité et pour tout dire par lâcheté, refuser de constater la tentative de substitution de la vision universaliste que porte la France, vaille que vaille, en une proposition totalement inverse ? Or, nombre de nos concitoyens de confession ou de culture musulmane se sentent également menacés à la fois par l'islam politique dont ils connaissent parfaitement le projet et parfois les horreurs mais craignent parallèlement une forme de sujétion dans une République qui ne les considérerait que comme des citoyens de seconde zone, éternels colonisés ou dominés.
Est-ce pécher contre la raison que de dire que toute une partie de la gauche joue sur ce registre dangereux en entretenant à dessein la confusion entre islam politique et musulmans? Pourquoi refuser d'imaginer qu'il peut y avoir des liaisons dangereuses entre les uns et les autres ? N'est-ce pas, finalement, un schéma classique ? La République est attaquée, remise en cause, affaiblie, la démocratie va mal c'est une évidence. Mais soyons sans illusion, ça peut être pire.
Pourquoi refuser d'admettre que l'islam politique porte un projet de transformation sociale, politique et même civilisationnel qui n'est pas compatible avec la République ? Est-ce si difficile ? Dans ce combat l’université doit être l’alliée des Républicains. Elle est donc aussi un objectif de l’islam politique dans la bataille pour l’hégémonie culturelle et un levier d’influence pour les théories importées de certains campus anglo-saxons qui sont autant de relais du soft power américain. Il ne s’agit pas de dire que l’université française dans son ensemble est acquise à ce phénomène, mais il convient de reconnaître que ce phénomène existe.
Là encore il convient d'être précis. Cette construction est récente. Car l'islam lui-même a subit de profondes transformations. Il n'a plus rien à voir avec celui de celles et ceux qui sont venus s'installer en France et qui y ont fait souche il y a 50, 60 voire 70 ans. L'islam d'aujourd'hui vient d'ailleurs (géographiquement) d'une part mais aussi et surtout il est passé par la forge incandescente des crises du Proche et du Moyen-Orient de ces quarante dernières années. Échecs politiques des nationalismes arabes (auxquels les puissances occidentales ont grandement contribué par calcul à courte-vue et contexte de guerre froide), guerre d'Afghanistan, guerre du Golfe, destruction de l'Irak...le tout biberonné par les pétrodollars du salafisme saoudien et de l'idéologie des Frères musulmans. Aux immigrés venant travailler en France à la culture politique issue des luttes pour les libérations nationales, ayant pour certains combattus dans l'armée française pendant la Seconde guerre mondiale, voilà aujourd'hui ceux qui vivent l'eschatologie comme fin politique qui s’insèrent parfaitement dans la mondialisation néolibérale déterritorialisée.
J'ai vécu cette transformation, notamment en Palestine il y a maintenant plus de vingt ans. J'ai soutenu des "résistants algériens" cherchant refuge en France et n'ayant de mots assez durs pour nous mettre en garde.
Alors pourquoi refuser de voir que dans notre pays, certains jouent un jeu très dangereux, pourquoi refuser de s'interroger sur leurs motivations ? Pourquoi refuser de s'interroger sur le fait que tant de Français (quelque soient leurs opinions, leurs croyances) se sentent menacés par ce phénomène ? Le réduire à du racisme, à de l’extrémisme ou je ne sais quelle autre "passion triste" serait une erreur et même une faute.
Refuser un terme pour refuser de constater une réalité nous empêchera de penser cette réalité, donc de la combattre à moins que déjà vaincu, nous ne voulions la subir.
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Tribune collective parue dans l'édition du vendredi 19 février de "Marianne"
Ni un parti, ni une écurie, l’association « Nation citoyenne » entend, dans le cadre de la présidentielle de 2022, contribuer à un projet de refondation républicaine au-delà des différences de sensibilités. Autour de colloques et d’ateliers, elle compte réunir des politiques de tous bords pour les faire dialoguer.
La « question républicaine » a été posée dès que la droite aussi bien que la gauche se sont détournées, l’une de l’héritage du général de Gaulle, l’autre de sa vocation sociale, pour se rallier, l’une comme l’autre au néolibéralisme triomphant.
Il nous faut à nouveau penser le « Bien commun », à travers un projet de citoyenneté, face à l’importation de modèles communautaristes. Et cela dans un monde désagrégé et déboussolé, où la rivalité sino-américaine ne débouche sur un aucun projet de civilisation désirable et où la montée de l’obscurantisme dessine d’inquiétants « trous noirs ».
Les travaux de l’association s’organiseront à partir de cinq thèmes
- La brique de base de la reconstruction d’un nouvel ordre international et d’une réorientation de la construction européenne est la nation « civique », telle que notre Révolution en a posé les principes, car la démocratie suppose un sentiment d’appartenance fort que seule la nation peut offrir.
- La reprise de contrôle de leur destin par les peuples passe par le desserrement de la « tenaille » États-Unis / Chine. « L’occidentalisme », c’est-à-dire l’alignement derrière la bannière américaine n’est pas pour la France une solution.
- Il faut encourager l’avènement de tiers acteurs principalement l’Europe.
- « L’Europe européenne » :
À partir de ses nations, l’Europe doit devenir un acteur stratégique autonome. Elle doit être à géométrie variable : économie, monnaie, industrie, technologie, numérique, espace, énergie, sécurité, et donc innover en matière de coopérations renforcées, ouvertes vers l’Est et vers le Sud. Cela implique de revoir la philosophie et en tout état de cause la pratique des traités européens fondés sur la règle exclusive de la concurrence et le libre échangisme dogmatique. Il faut associer la Russie à la définition d’une architecture européenne de sécurité et de coopération. Articuler les politiques nationales, celles de l’Union européenne et celles résultant de partenariats privilégiés (Russie, Grande Bretagne, etc.). Même provisoirement isolée, la France doit maintenir le cap de l’autonomie stratégique européenne dans la longue durée. Nous ne sommes pas « contre l’Europe » mais contre le néolibéralisme qui l’a livrée à une mondialisation financière débridée. Nous sommes pour une Europe solidaire des nations et des peuples, fidèle à l’esprit des Lumières, « carrefour des civilisations », porteuse d’un universalisme raisonné. - Une nouvelle refondation républicaine de la France
Avec des institutions solides : le retour aux sources de la Ve République (déconnecter la durée des mandats présidentiel et parlementaire, réhabiliter le Parlement…). Avec aussi le souci de ressourcer la démocratie dans la République et de rompre avec la dérive vers le « gouvernement des juges ». Ainsi, citoyenneté, civisme, École, services publics, laïcité, récit national ouvert, doivent structurer le patriotisme républicain.
Nation citoyenne souhaite aussi donner un contenu à la reconquête de l’indépendance industrielle, technologique, alimentaire et sanitaire par l’orientation de l’investissement et de l’épargne vers les secteurs stratégiques. Il s’agit de « refaire France » autour de la reprise de l’intégration et l’accueil du désir d’assimilation. Il s’agit aussi de combattre l’islamisme politique, que nous ne confondons pas avec l’Islam. La politique migratoire qui dépend de la capacité d’accueil, doit faire aller de pair générosité et fermeté républicaines. La Nation citoyenne sera fidèle à l’esprit des Lumières, à rebours de la collapsologie sans verser pour autant dans le scientisme.
Le but de l’association « la Nation citoyenne » est de faire surgir une « nouvelle offre politique », en amont des choix politiques proprement dits (choix des candidats, structuration en « partis »). L’association s’adresse aux républicains qui entendent rester fidèles à l’inspiration profonde de Jean Jaurès et de Charles de Gaulle et à la philosophie du Conseil National de la Résistance.
Il s’agit d'amener les classes populaires à partager un projet à la fois national et européen, capable de dynamiser la meilleure part de nos élites et de donner au peuple français le sentiment qu’il peut renouer avec son destin. Priorité à la réflexion ! La campagne des élections de 2022 n’est pas encore ouverte…
Signataires
- Claude Nicolet, président de "La Nation citoyenne"
- Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre
- Marie-Françoise Bechtel, ancienne parlementaire
- Céline Pina, chroniqueuse et essayiste, présidente de Viv(r)e la République
- Bernard Alix, philosophe, chargé de cours à l'université Paris-Nanterre, président de la maison du travail
- Jean-Yves Autexier, ancien parlementaire
- Guillaume Bigot, chroniqueur et essayiste
- David Cayla, économiste, enseignant-chercheur à l'université d'Angers
- Alain Dejammet, ancien diplomate
- David Desgouilles,chroniqueur et romancier
- Marie-Annick Duhard, ancienne diplomate, ancienne secrétaire général de la Comédie-Française
- Jacquelines Durando, enseignante
- Danièle Duwoye, membre du bureau de "République moderne"
- Marielle Gallo, avocate honoraire, ancienne députée européenne
- Jean de Gliniasty, ancien diplomate
- Bastien Gouly, président des "Rencontres républicaines"
- Christian Hutin, député, vice-président de la commission des Affaires étrangères, membre du bureau national du Mouvement des Citoyens
- Georges Kuzmanovic, président de "République souveraine"
- Jean-Pierre Lettron, animateur du réseau "Choisir le nucléaire", président de "l'association républicaine souverainiste"
- Christine Meyer, ancienne élue ville de Nantes et Pays de Loire.
- François Nicoullaud, ancien diplomate
- Gérard Pierre, vice-président de "Sauvons le climat", professeur émérite de physique-université de Bourgogne
- Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public
- Marie-Pierre Logelin, membre du bureau de République moderne
- Jean-Philippe Mallé, ancien député, vice-président de "Oser la France"
- Benjamin Morel, maître de conférence à l'université Paris II Panthéon-Assas, membre du conseil d'administration de l'Institut Rousseau
- François Morvan, cancérologue, vice-président de "l'Union nationale citoyenne"
- Jean-Michel Quatrepoint, journaliste, essayiste
- Christian Rayot, maire et conseiller départemental
- Claudine Riffé, professeur de physique-université de Bourgogne
- Claire Roussel, cadre supérieure
- Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel
- Jean-Baptiste Thierrée, artiste, directeur du "Cirque invisible"
- Sylvie Toutée, cadre administratif
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Mon entretien donné à PNC "Patrimoine nucléaire et climat" sur la politique énergétique de la France, la centrale nucléaire de Gravelines et le projets de parc éolien au large de Dunkerque.
Pour l'énergie, il faut "penser stratégiquement et à long terme et non plus avec une mentalité d'idéologue et de boutiquier"
PNC: Quel rôle joue la centrale pour votre région ?
Claude Nicolet: Elle joue un rôle essentiel qui a notamment contribué à dessiner notre identité industrielle. La présence d’une électricité abondante, sûre et bon marché a fait venir de très grandes entreprises comme Aluminium Dunkerque par exemple, ce qu’on appelle l’industrie hyper électro-intensive. La commission européenne et en particulier la DG concurrence nous pose d’ailleurs beaucoup de soucis dans ce domaine. Rôle qui a fait du littoral dunkerquois la plus grande plate-forme de production d’énergie en Europe renforcé par l’arrivée du terminal méthanier. Ce fût l’occasion d’une première mondiale en utilisant l’eau réchauffée de la centrale pour remettre à l’état gazeux le gaz liquide. Ce sont également des milliers d’emplois industriels et une filière d’excellence dans la maintenance nucléaire. Et puis se sont également des investissements massifs sur le territoire pour le grand carénage, les mises à niveau post Fukushima, l’éventuelle arrivée des EPR à laquelle je suis favorable.
PNC: Les riverains ne craignent-ils pas des accidents ? Sont-ils hostiles ?
Claude Nicolet: Non, pas vraiment. Depuis le temps ils se sont rendus compte qu’il n’y avait pas de danger. Les craintes sont ailleurs. Les accidents de Tchernobyl ou de Fukushima sont évoqués et on imagine alors un scénario catastrophe d’explosion nucléaire, de contamination massive, d’évacuation générale, de perte de l’ensemble des biens…
PNC: Mais alors comment expliquez-vous une telle hostilité contre le nucléaire ?
Claude Nicolet: Un contexte général de rejet de la science et du progrès. Les amalgames basés sur une ignorance réelle et une disparition inquiétante d’un minimum de culture scientifique chez nos concitoyens et puis des choix qui se font, non pas en fonction de l’intérêt général, du bien commun mais guidés par des préoccupations idéologiques et politiciennes. La fermeture de Fessenheim par exemple est une aberration. Tout ça pour un accord électoral, c’est pathétique.
PNC: Quels types d’actions recommanderiez-vous à PNC d’entreprendre ?
Claude Nicolet: Il faut contribuer à dédiaboliser le nucléaire, faire parler celles et ceux qui y travaillent, pour qu’ils puissent témoigner et faire partager leur expérience, la fierté qu’ils ont de travailler au service des Français, de produire une énergie décarbonnée qui contribue à notre souveraineté.
PNC: Le Brexit aura-t-il une influence défavorable sur votre région ?
Claude Nicolet: Je suis sûr que non. Vous savez, la géographie nous imposera ses réalités. Le Royaume-Uni n’est pas prêt de changer de place, la Manche non plus, ni la Mer du Nord ni la France. On ne fait de politique qu’à partir de la réalité disait de Gaulle, ce n’est pas prêt de changer. Les Britanniques ont fait un choix souverain, choix que leurs gouvernants respectent et mettent en œuvre ce qui ne fût pas le cas dans notre pays lors du référendum du 29 mai 2005. Je ne crois absolument pas à la catastrophe annoncée. La stratégie de l’Union européenne qui consiste à vouloir humilier la Grande Bretagne et leur faire payer le prix fort pour avoir osé quitter l’UE ne donnera rien. Il ne faut pas mépriser les peuples.
PNC: Que pensez-vous du projet de parc éolien qui doit être édifié au large de Dunkerque ?
Claude Nicolet: Consternant. L’urgence aujourd’hui c’est la lutte contre les rejets de CO2. Par idéologie on est prêt à sacrifier le nucléaire qui reste l’un des derniers atouts industriels du pays. Or l’éolien est très consommateur d’énergie pour sa fabrication, sa maintenance, son entretien…on oublie que c’est une production de CO2 délocalisée, notamment pour les métaux rares. Il faut rajouter que c’est une énergie intermittente et non pilotable qu’il faut obligatoirement coupler à des centrales à gaz ou à charbon, ça on l’oublie. Et c’est également un moyen pour affaiblir EDF et terminer son démantèlement. C’est une aberration qui porte atteinte à nos intérêts les plus fondamentaux. Il semblerait que le président Macron commence à s’en rendre compte, je m’en félicite, il faut arrêter ce massacre et recommencer à penser stratégiquement et à long terme et non plus avec une mentalité de boutiquier.
Ce projet va nous enfermer et le bénéfice qu’on pense en retirer va se retourner contre nous. C’est une vision à courte vue qu’on essaie de de nous faire passer pour l’opportunité du siècle, quelle blague ! Nos voisins Belges sont furieux, les ports du Havre, de Rouen et de Paris viennent de fusionner et nous on se met 46 Tours Eiffel (300 mètres de haut) à 10 km de notre littoral. C’est une erreur terrible tout ça parce qu’on a besoin des taxes que cette affaire devrait nous ramener on va sacrifier notre avenir. Vous l’avez compris, je suis « contre ».
PNC: Quelle est position de la région des Hauts de France concernant le nucléaire ?
Claude Nicolet: Je pense que le président Xavier Bertrand y est favorable, et il a parfaitement raison.
Claude Nicolet est conseiller municipal de Dunkerque et conseiller à la communauté urbaine de Dunkerque
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Monsieur le maire,
Monsieur le président,
Les Dunkerquoises et les Dunkerquois, sur l’ensemble du littoral, dans leurs diversités, s’alarment de façon croissante quant à l’impact d’un gigantesque parc éolien implanté au large de Dunkerque.
4000 d’entre eux viennent d’ores et déjà de signer une pétition afin d’exiger qu’un référendum soit organisé. Cette exigence est légitime.
Ils ne se satisfont pas du débat public dont nous connaissons trop bien le fonctionnement et qui en aucun cas, ne peut remplacer ou se substituer à une réelle démarche démocratique.
Cette demande vous devez l’entendre.
Tout d’abord pour que nos concitoyens puissent réellement s’emparer d’un sujet qui les concerne au premier chef, y compris en tant que contribuables puisqu’au-delà de la problématique des éoliennes, il s’agit de l’avenir énergétique de la France, de son indépendance, de la transition énergétique et de ses enjeux, de la lutte contre le réchauffement climatique. Les citoyens ont donc leur mot à dire.
Il est trop facile de se réfugier derrière l’organisation des « assises européennes de la transition énergétique », prestigieux rendez-vous où sont invités de non moins prestigieux experts et politiques pour mieux refuser aux citoyens la possibilité de s’exprimer de façon réellement démocratique et contradictoire. La politique, la vraie, ne se fait pas dans les cercles, les cénacles et crise sanitaire oblige, en visioconférence. Vous ne pouvez décider seul, dans le silence de votre bureau, d’un sujet aussi important.
Nos concitoyens se sentent profondément concernés et veulent être consultés. Désormais se sont des milliers d’entre eux qui réclament l’organisation d’un référendum.
Je sais parfaitement qu’il s’agit là d’une volonté de l’Etat. Mais je sais également que ces choix vont en réalité, fondamentalement contre les intérêts de notre pays et donc des Français et des Dunkerquois. Me refuser à le dire serait aller à l’encontre de ma conscience et de l’idée que je me fais de la responsabilité politique qui est la mienne.
- Plus de 50 km² de notre littoral est concerné avec les multiples impacts sur lesquels nous n’aurons aucune prise.
- 46 éoliennes de 300 m de haut défigureront durablement nos paysages et notre environnement.
- Une implantation en pleine zone "Natura 2000"
- Nous savons que l’énergie éolienne n’est ni durable, ni verte.
- Nous savons que les champs éoliens sont un danger réel pour la faune, en particulier pour les migrations d’oiseaux.
- Nous savons qu’en réalité l’énergie éolienne n’est pas une énergie décarbonée mais au contraire produit beaucoup de CO2.
- Nous savons que c’est une énergie intermittente posant par ailleurs des problèmes de stockage, donc de batteries à ce jour très difficilement recyclables.
- Nous savons que l’énergie éolienne (également solaire) doit être couplée à des unités de production d’électricité par le gaz ou le charbon (fortement émettrices de CO2) afin de prendre le relai quand il n’y a ni vent ni soleil…ce qui est fréquent.
- Nous savons que le modèle économique de l’éolien s’appuie sur le démantèlement d’EDF, sur la privatisation de sa branche ENR voulue par la commission européenne et que se sont de grands groupes financiers qui attendent d’abord que leurs capitaux soient rentabilisés avant de se préoccuper de l’intérêt général.
- Nous savons que le recours massif à l’éolien comme au photovoltaïque loin de renforcer notre indépendance énergétique ne fera que nous rendre dépendant des puissances qui fournissent les métaux rares indispensables à la construction des turbines. Je pense notamment à la Chine. Il s’agit là d’enjeux politiques et stratégiques majeurs.
- Nous savons que ces matières premières s’achètent à prix d’or ce qui accentuera notre déficit commercial.
- Nous savons que l’Etat donc le contribuable, finance l’achat du kW/h issu du « renouvelable » afin de le rendre artificiellement compétitif. L’Allemagne s’en mord les doigts aujourd’hui. Nous perdons donc sur les trois tableaux, par le subventionnement du kW/h, par l’achat à l’étranger des matières premières et des turbines, par l’exploitation par des groupes financiers souvent étrangers des champs éoliens.
- Nous savons que ce projet va nous mettre en difficulté avec nos voisins belges et leur gouvernement. Le long courrier du vice-premier ministre belge est, à ce titre, consternant de par les révélations que nous pouvons y lire.
- Nous savons que ce projet choque nos amis britanniques, notamment les associations gardiennes du souvenir de l’opération Dynamo. Imagine-t-on des éoliennes face aux plages du débarquement en Normandie ?
Voilà très rapidement porté à votre connaissance quelques arguments qui illustre l’ampleur du sujet et son importance. Car ce projet, non seulement ne contribuera en rien à « sauver la planète » mais bien au contraire participera au phénomène inverse.
Il n’est pas possible de balayer d’un revers de main, la demande de milliers de nos concitoyens qui exigent tout simplement de pouvoir être entendus et de pouvoir s’exprimer. Comment comprendre que ce que vous avez mis en œuvre pour la piétonisation d’une place de Dunkerque vous le refuseriez pour un enjeu aussi colossal ?
Au-delà de ces considérations, notre horizon, c’est aussi notre imaginaire, c’est le rêve, c’est l’infini à portée de main, c’est toute l’histoire maritime de Dunkerque et des environs qui nous étreint quand « on fait une digue ». C’est la possibilité de se ressourcer dans un espace dégagé, ouvert, libre.
Il vous appartient, devant les Dunkerquoises et les Dunkerquois, mais également devant l’ensemble des citoyens de notre agglomération, de prendre vos responsabilités en vous déclarant favorable à l’organisation de ce référendum.
Vous qui n’avez de cesse de vous déclarer un ardent promoteur de la démocratie participative, de donner la parole aux habitants, de la proximité, vous qui disiez faire de la « politique autrement », qui vouliez « abattre le système », voilà une magnifique occasion de le démontrer.
Il ne s’agit pas ici de concertation citoyenne pour choisir la couleur des bacs à sable ou la largeur des trottoirs. Il s’agit dans le cas présent de tout autre chose, il s’agit ni plus ni moins que de notre avenir, de notre imaginaire et de notre identité. Vous devez écouter les Dunkerquoises et les Dunkerquois et répondre à leurs attentes. Ils sont pleins de bon sens et de sagesse. Ayez confiance en eux.
Vous aussi, monsieur le maire, monsieur le président, vous devez demander un référendum. Dans le cas contraire, je ne doute pas de la mémoire de nos concitoyens.
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de recevoir, monsieur le maire, monsieur le président, l’expression de mes salutations républicaines.
Claude NICOLET
Conseiller municipal de Dunkerque
Conseiller communautaire-communauté urbaine de Dunkerque.
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Ma tribune du 18 décembre 2020 sur le site RT France
«Ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise...» Cette phrase, nous ne cessons de l’entendre et de l’employer, tel un mantra afin de nous persuader et, surtout, de persuader les autres que, bien évidemment, il faut faire l’union. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l'union ! l'union ! l'union !... mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien. Parce qu'on ne fait de politique qu'à partir des réalités. On ne sait d’ailleurs plus trop ni à qui ni à quoi il faut faire barrage, mais il faut le faire. Au fascisme, au nazisme, à l’extrême droite toujours prête à faire main-basse sur le pouvoir et revenir sur l’héritage de la Révolution française. Evidemment, il s'agit d'éviter la tentation permanente du «retour des heures sombres» quand le pays gémissait sous la botte allemande. Bien sûr. L’ombre terrifiante d’Adolphe Hitler et le bruit des Panzer divisions produisent toujours leurs effets et on ne manque jamais d’en agiter l’immonde perspective afin de nous rappeler à nos plus élémentaires devoirs républicains. On se rassemble pour se rassembler, parce que c’est mieux que d’être seul et à la limite mieux vaut avoir tort à plusieurs que raison dans la solitude des champs électoraux désertés. On a la légitimité qu’on peut.
«A chaque élection, c’est le même refrain, la même rengaine»
A chaque élection, c’est le même refrain, la même rengaine. A droite comme à gauche. Le candidat Macron a parfaitement résolu la question avec son théorème du «en même temps» puisque fondamentalement et connaissant bien sa sociologie électorale, il pouvait s’adresser aux Français en leurs disant que, tout bien considéré, «ce qui nous rassemble est bien plus important que ce qui nous divise...» Finalement, de Maastricht au référendum de 2005, du Pacte budgétaire européen (TSCG) à la crise grecque et le temps ayant fait son œuvre, soutenant peu ou prou les mêmes politiques, le moment de mettre un terme à ce théâtre d’ombre était venu. Enfin, il est possible d’être de «droite et de gauche» au sein de la République en marche puisque nous sommes d’accord sur la lutte finale, c’est à dire l’avènement de la souveraineté européenne. Nouvel oxymore mais qu'importe, nos intérêts seront préservés. D’ailleurs, même s’il faut «réindustrialiser», même s’il faut rebâtir notre souveraineté économique... ça n’empêche pas de poursuivre la casse de ce qui nous reste de fleuron industriel, de briser EDF en deux voire trois entités – comme cela est exigé par la Commission européenne –, de vouloir à toute force imposer une énième réforme des retraites, de refuser de revenir sur la théorie du «ruissellement» et la fiscalité qui l’accompagne, aux conséquences très avantageuses pour quelques-uns...
Non, qu'importe. Communiant dans la foi européenne et abandonnant les anciennes idoles républicaines, le peuple des nouveaux croyants a trouvé son église dans la République qui se pense en marche et qui tente, vaille que vaille, comme toute nouvelle apparition, de bâtir ses temples sur ceux des anciens dieux. Mais ils sont vides comme ils l’étaient hier et les prêtres ne prêchent que pour la forme.
La République c’est l’égalité et non le communautarisme
Les citoyens, pour l’immense majorités d’entre eux, sont partis. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ont renoncé. Peut-être même qu’ils espèrent encore. Mais en quoi ? Peut-être tout simplement en quelques idées simples afin d’affronter un avenir compliqué : que leur pays c’est la France et qu’il reste leur avenir ; que dans ce pays, la France, on s’honore du titre de citoyen ; que la souveraineté nationale et populaire, non seulement n’est pas un gros mot mais c’est même la condition de notre liberté ; que, dans ce pays, on doit pouvoir être libre d’accueillir qui on veut, dans les conditions qu’on veut, sans être perçu comme étant un fasciste ou un raciste ; que, dans ce pays, on doit pouvoir vivre dignement de son travail et être protégé des coups du sort ; que, dans ce pays, si on est tous différents, on est tous pareils quand même parce que c’est comme ça qu’on veut être et pas autrement ; que la laïcité est un bien précieux et que la liberté de conscience n’est pas négociable ; que l’école est faite pour former des citoyens et transmettre des connaissances ; que la République c’est l’égalité et non le communautarisme ; que la France est un grand et beau pays qu’on a le droit d'aimer ; que notre histoire est pleine de disputes et de bagarres ; que nous venons tous d’horizons différents et c’est la raison pour laquelle on fait de la politique et que nous sommes un peuple politique. On ne supporte pas ceux qui veulent nous séparer ou qui veulent vivre à part. C'est assez simple finalement mais, même cela, est parfois contesté.
Une gauche à la dérive ?
Alors quand à «gauche» certains prônent l’inverse, sont-ils encore de «gauche» ou est-ce moi qui ne le suis plus ? Quand certains à «gauche» prônent ou soutiennent le séparatisme ethnique, le communautarisme identitaire contre l’universalisme républicain, sont-ils encore de «gauche» ou est-ce moi qui ne le suis plus ? Quand certains à «gauche» ont abandonné la laïcité au nom du droit à la différence – se faisant notamment les alliés de l’islamisme politique le plus rétrograde, sont-ils de «gauche» ou est-ce moi qui ne le suis plus ? Quand certains à «gauche» se font les relais zélés du néolibéralisme qui a détruit une grande partie de notre tissu industriel, favorisant la globalisation financière de l’économie, détruisant les solidarités ouvrières et appauvrissant les classes moyennes, sont-ils de «gauche» ou est-ce moi qui ne le suis plus ? Quand certains à «gauche» prônent la fin de la nation et combattent notre souveraineté, sont-ils encore de «gauche» ou est-ce moi qui ne le suis plus ? Quand certains à «gauche» ont abandonné Jaurès au profit du différencialisme, des luttes «racisées» ou de l’intersectionnalité sont-ils encore de gauche ou est-ce moi qui ne le suis plus ?
Dès lors, ce qui nous divise n’est-il pas plus important que ce qui nous rassemble ? Peut-être sont-ils de «gauche» mais d’une gauche qui aurait quitté les rives de la République et qui n'est pas la mienne.
Et qui peut encore sérieusement penser que nos concitoyens croient encore un seul instant dans cette tartufferie ? Ce constat, ne vaut-il pas également pour une grande partie de la «droite» qui a refusé d’entendre les avertissements prophétiques de Philippe Séguin ? Une droite qui se condamne à ne plus survivre que dans un Giscardisme au petit pied, teinté de conservatisme quant aux mœurs, naviguant à vue entre la grandeur gaulliste – lointain mirage mais dont la nostalgie ne peut plus servir de viatique – et les choix européens nous contraignant jour après jour à une forme d’impuissance mal compensée par un discours sécuritaire qui ne parvient pas à donner le change.
En 2002, Jean-Pierre Chevènement avait eu une formule résumant bien la situation : «la droite a abandonné la Nation et la gauche a abandonné le peuple»
Quand on remise de Gaulle au rang de souvenir, pour finalement se convertir à l’enseignement de Jean Monnet afin de mieux penser en «Américain», ce n’est plus seulement un chêne qu’on abat mais c’est la Haute-Marne et, avec elle, une civilisation qu’on oublie et dont on détourne plus ou moins pudiquement le regard.
En 2002, Jean-Pierre Chevènement avait eu une formule résumant bien la situation : «la droite a abandonné la Nation et la gauche a abandonné le peuple». La désarticulation de la question sociale et de la question nationale est ici résumée en une phrase. Près de 20 ans plus tard nous ne cessons d’en mesurer les effets. LREM et le RN congèlent à eux deux au moins 50% de l'électorat de celles et ceux qui vont encore voter. Il ne reste que des miettes pour les autres. Cette situation à elle seule résume tout le malaise, voire le malheur français dont l’imaginaire ne cesse d’être brutalisé.
Si la «gauche» et la «droite» existent encore, dans l’état où elles sont et au regard de leur histoire de ces 40 dernières années, peuvent-elles encore servir de grille de lecture et de compréhension du monde d’aujourd’hui ? Rien ne se fera sans une refondation et un ressourcement profond et puissant à l’idée même de République qui, aujourd’hui, est désormais le nouveau clivage dans la vie politique française.
Il faut avoir le courage de dire et de reconnaître qu’il y a désormais des lignes de fractures au sein de la «gauche» comme de la «droite» d’une telle ampleur qu’elles ne relèvent plus simplement de sensibilités différentes en faisant «leurs richesses» mais bien de visions devenues difficilement conciliables au sein d’une même «famille» politique. Il faut donc avoir le courage de s’atteler à cette tâche de salut public afin de bâtir une nouvelle offre politique, seule capable de tracer une véritable perspective pour notre pays.
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Nous vivons une époque de grandes violences et de grandes confusions. Les ignobles attentats de Conflans et de Nice se conjuguent avec une pandémie qui révèle le délabrement de notre système de santé. La logorrhée de paroles qui se déverse sur les chaînes d’information en continu et sur les réseaux sociaux tend à brouiller les repères intellectuels et politiques. C’est pourquoi, avec cette tribune, nous souhaitons réaffirmer les principes fondamentaux du contrat social et politique républicain.
Combattre le terrorisme islamiste et les complaisances idéologiques visant à le relativiser
L’odieuse décapitation de Samuel Paty porte un message : empêcher le travail émancipateur de l'école laïque et saper les principes de la République. Ces principes définissent le cadre du "creuset français" rendu possible par la Révolution de 1789. Celle-ci a refondé la nation dans un sens universaliste, celui des droits humains conquis à rebours des particularismes coutumiers et religieux. Le fascisme islamiste a juré la mort de notre République laïque. Tout ce qui ressemble à des excuses propres à relativiser de tels assassinats doit être condamné avec la plus grande fermeté. Par ailleurs, si la répression et la prévention s'imposent contre le terrorisme islamiste enfin désigné, on ne peut s'en tenir à des déclarations martiales tonitruantes. Il faut combattre en parallèle tout amalgame entre islamistes et musulmans et toute dérive idéologique identitaire comme celle qui consiste à s'émouvoir de la présence d'un rayon hallal dans les épiceries.
"Seules les notions de musulmanophobie et d’arabophobie sont exemptes d'ambiguïté"
Quand l'extrême droite usurpe la laïcité alors qu'elle pratique un différencialisme identitaire, il convient de dénoncer pied à pied son idéologie d'exclusion. Quand l'idéologie décoloniale calomnie la laïcité en la qualifiant de racisme d'État il faut souligner l'absurdité d'une telle accusation. Toute complaisance électoraliste, de part et d'autre, doit être combattue. Il faut donc restaurer le principe de laïcité : oui à la liberté de conscience et à la liberté d'expression sans autre limite que la pénalisation des injures aux personnes. Oui, chacun a le droit de faire l'éloge d’une religion ou de la rejeter sans risquer sa vie. Il est loisible à chacun de critiquer l'islam, le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme ou l'humanisme athée, et de le faire publiquement pourvu qu'il respecte les personnes comme telles.
À cet égard l'acceptation de la notion piège d’islamophobie a validé la confusion perverse entre le rejet de l'islam comme religion et celui des personnes de confession musulmane. Le respect n'est pas dû aux religions, mais aux personnes et à leur liberté de croire ou de ne pas croire. Accepter de soutenir des mots d'ordre de groupes religieux comme le CCIF n'est pas seulement une erreur, c'est une faute. Seules les notions de musulmanophobie et d’arabophobie sont exemptes d'ambiguïté.
Reconstruire la République sociale est une urgence absolue
Contre le terrorisme islamiste, la seule répression ne suffit pas. Il existe aujourd'hui trop de territoires perdus de la République, abandonnés du fait d'un néo-libéralisme obsédé par la "concurrence libre et non faussée". Trois décennies de destruction des services publics et de mise en cause des solidarités sociales par le reflux de l'impôt redistributeur ont été dévastateurs pour les plus démunis. C'est la promesse sociale de la République qui est démentie ainsi, au détriment d'une politique humaine d'intégration. L'affirmation de l'idéal républicain doit s'accompagner de perspectives de vie meilleure pour la jeunesse reléguée des banlieues, notamment par la mise en oeuvre sérieuse d'une protection sociale à la hauteur des besoins et d'une politique de plein-emploi. Ne laissons pas le champ libre aux recruteurs d'assassins qui exploitent la déshérence sociale. Ne tolérons pas celui qui se comporte de manière inhumaine. Qui assassine en pleine conscience est responsable de ses actes, il doit être poursuivi, jugé et condamné selon les lois de la République.
Pour incarner l'idéal républicain de laïcité il faut se donner les moyens de l'action, faire que l'école redevienne un havre de paix où les élèves laissent à la porte le poids de leur déterminisme social et des habitudes familiales. Il faut redonner à l'école publique une force qu'elle a perdue, faute de moyens et de reconnaissance sociale. Il faut aussi restituer aux services publics qui assurent la sécurité une efficacité que leur ont enlevée des années de coupes budgétaires et de déstructuration de l’État au nom de principes comptables ineptes.
"Nous voulons affirmer aujourd'hui qu'il existe une force populaire qui veut une République laïque et sociale"
Les forces politiques qui, en ce domaine, ont failli sont nombreuses : la droite, se gargarisant de son républicanisme, a méthodiquement cassé les services publics, cassé la protection sociale, laissé s'enkyster tous les problèmes sociaux. La social-démocratie et ses subalternes d’hier, ralliés au néolibéralisme, ont amplifié les dégâts car elle aussi a détruit les services sociaux. Ces deux courants politiques ont alterné au pouvoir ces dernières décennies dans une terrible course au pire. Que dire des néolibéraux au gouvernement ? Ils vendent le pays à la découpe, privatisent, continuent à appauvrir l'hôpital en pleine crise sanitaire. Et maintenant ils font mine de s'étonner du chaos qu'ils ont contribué à semer. Mais la droite extrême ne promet que d'aller encore plus loin dans la tartuferie, amplifiant les coups de menton, les appels à la répression et à la violence, porteurs de divisions. Elle ne donne aucune perspective de redressement économique ni de protection sociale.
Nous voulons affirmer aujourd'hui qu'il existe une force populaire qui veut une République laïque et sociale. Notre pays ne peut pas s'enfermer dans les fausses solutions que lui proposent une droite extrême et les néolibéraux charognards qui ne veulent rien comprendre aux principes et aux valeurs de la République.
Nous avons l'ambition de rendre vivante la République sociale et laïque.
Signataires :
Flavien Chailleux, fonctionnaire au ministère du travail
François Cocq, essayiste
Romain Dureau, agroéconomiste, GRS
Hélène Franco, magistrate et syndicaliste
Christophe Gache, Mouvement des citoyens (MDC)
Jean Gatel, ancien secrétaire d’État à l’économie sociale et solidaire
Christian Gaudray, président de l’Union des Familles Laïques (UFAL)
Riva Gherchanoc, présidente de Combat laïque Combat social (CLCS)
Bastien Gouly, président des Rencontres républicaines
George Kuzmanovic, président de République souveraine
Manon Le Bretton, membre des Constituants
Sacha Mokritzky, rédacteur en chef de la revue Reconstruire
Claude Nicolet, Secrétaire général adjoint de République moderne, Président de La Nation citoyenne
Henri Peña-Ruiz, philosophe
Nicolas Pomies, membre du bureau national de l’UFAL
Bernard Teper, co-animateur du Réseau éducation populaire
Frédéric Viale, essayiste