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Monsieur le Président de la République,
Vous avez, pour ne pas froisser l'Allemagne, décidé qu'il n'y aurait pas de défilé militaire pour célébrer l'armistice du 11 novembre 1918.
C'est une erreur et une faute.
Certes vous avez à conduire la Nation et à prévoir son avenir, mais vous êtes également le gardien de son histoire et notamment de l'immensité des sacrifices qu'elle a consentie à l'occasion de la Première guerre mondiale. Sacrifice de nos soldats, armée de citoyens, armées de la République dont vous êtes l'incarnation. Vous êtes également le gardien de ce lien qui unit les Français à cette armée dont vous avez rappelé il y a peu, que vous en étiez le chef.
Toutes nos familles, ainsi que beaucoup de celles de notre ancien empire colonial ont payé le prix du sang durant ce terrible conflit. Qu'il faille toujours progresser dans la fraternité entre les Nations, notamment en Europe, nous en sommes tous d'accord, mais cela ne se fera pas au prix de l'oubli, de la faiblesse, voire du renoncement. Ils firent leur devoir, jusqu'au bout. À l'heure où la France a impérativement besoin de retrouver le sens d'elle même, vous faites le choix d'une forme de facilité alors que les hommes de 14-18, leurs familles, ne l'avaient pas, jetés qu'ils furent dans le chaudron brûlant de l'enfer et de l'histoire, ils trouvèrent néanmoins la force de vaincre. Pour sauver leur peau quand ils le pouvaient, mais aussi par amour de la Patrie.
Vous ne pouvez, vous ne devez, affaiblir ce lien qui fait ce que nous sommes. Je vous demande donc de bien vouloir revenir sur votre décision et de donner aux cérémonies du 11 novembre, toute la solennité qu'elles méritent, notamment au niveau militaire.
Respectueusement,
Claude Nicolet
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Une tornade néo-libérale a déferlé sur le monde occidental. Avec elle s'est imposée la liberté des capitaux, la liberté d'investir, la liberté de circulation. Mais il y a un revers de la médaille: le dumping fiscal mondial, les paradis fiscaux, les délocalisations, la liquidation des entreprises publiques, les flux migratoires sans régulation...
Un souffle puissant
Il n'est donc pas surprenant que le néo-libéralisme éveille à rebours la colère des populations. Tous ceux qui ont soutenu l'abolition des frontières et le libre-échangisme total, qu'ils soient issus de la gauche ou de la droite, font l'objet d'un désaveu profond. Car en France la droite et la gauche, de Maastricht au TSCE en passant par le traité de Lisbonne et le déni du référendum de 2005, ont toujours marché de concert. Avec la chute de LR et du PS la sanction s'est abattue sur ceux qui avaient désiré cette mondialisation sans règle ou qui s'y étaient résigné ; même phénomène en Italie avec la chute des héritiers de la démocratie-chrétienne et ceux de la gauche, en Autriche avec l'élection de Sebastian Kurz et la disparition de l'ancien bipartisme, en Suède avec l'affaissement de la social-démocratie, en Grande-Bretagne avec le référendum sur le Brexit, en Allemagne avec la double crise de la CDU-CSU et de la SPD, en République Tchèque avec la réélection de Milos Zeman, mais aussi aux États-Unis avec la victoire de Trump, au Québec avec celle de Legault, au Brésil avec l'élection de Bolsonaro. Ceux qui sont portés au pouvoir par les électeurs n'envisagent pas tant de rétablir la souveraineté de leurs États et de leurs peuples que d'affirmer de manière ostentatoire leurs identités. Ils font mouche: il est plus simple de se faire élire en dénonçant les conséquences de la libéralisation sauvage de tous les échanges plutôt que de s'en prendre aux causes. Ce sont les diatribes anti-immigration, les exigences sécuritaires, les affirmations fortes d'identité culturelle qui ont séduit les électeurs. La gauche de gouvernement comme la droite modérée sont accusées d'avoir orchestré volontairement l'abolition de toutes les frontières économiques, monétaires, culturelles, humaines. Elles se trouvent donc sanctionnées.
La gauche de gouvernement, en France, se retrouve piégée: les conséquences de ses choix économiques et monétaires frappent d'abord les couches populaires. Le choix de l'euro a désindustrialisé le sud de l'Union européenne et conduit au chômage des dizaines de millions de salariés. Privée de soutien populaire, la gauche Terra Nova comptait sur le soutien des minorités (ethniques, de genre...), en substituant à la question sociale des sujets sociétaux. Mais c'est loin d'être suffisant pour construire une majorité. Plus encore, la question des flux migratoires domine les préoccupations populaires. Ne nous y trompons pas, c'est bien l'afflux incontrôlé de travailleurs polonais au Royaume-Uni qui a fait basculer le vote en faveur du Brexit. C'est la question migratoire qui est à l'origine de l'élection du chancelier Kurz à Vienne, de la montée de l'AfD et des difficultés d'Angela Merkel à Berlin, de l'affaissement des socio-démocrates suédois, de la coalition Salvini / Di Maio à Rome. C'est la défense d'une identité culturelle des sociétés qui est le moteur de ces élections récentes: on le voit à Budapest où on veut «défendre la Hongrie contre le parti de l'immigration», à Varsovie où le Premier Ministre assène: «nous n'accueillerons pas de migrants issus de pays d'Afrique ou du Moyen-Orient», à Prague où le Président Zeman dénonce une «invasion organisée de musulmans impossibles à intégrer»…
C'est le défi lancé au visage des républicains de progrès. L'immigration sans règle va-t-elle amener par contrecoup l'extrême droite au pouvoir dans nos pays d'Europe? À l'inverse, est-ce qu'une protection policière de nos sociétés contre l'immigration clandestine va défigurer notre façon de vivre?
On ne luttera pas contre l'avancée de l'extrême droite en mettant en œuvre les recettes qu'elle préconise.
Tout fonctionne en couple. Le discours gauchiste prônant un laxisme total, et taxant de racisme toute volonté de régulation, est un puissant moteur pour les partis d'extrême droite. De même la pseudo-stratégie de La République en Marche, visant à opposer les «progressistes» aux «conservateurs», fera basculer les couches populaires dans le camp conservateur. Le court terme électoraliste relève d'un aveuglement périlleux.
Pour sortir de ce piège, les républicains de progrès doivent sortir du déni, aborder la question des flux migratoires avec l'exigence de vérité, et dès lors reconquérir les couches populaires et replacer au centre du débat les questions sociales et économiques.
Sortir des dénis
Oui l'intégration des nouveaux venus est difficile, surtout pour les couches populaires. Il est plus facile de les accuser de xénophobie que de comprendre leurs difficultés quand on compte 3 millions de chômeurs avec une croissance de l'économie très faible. Oui, la visibilité d'une religion nouvelle venue pose des problèmes. Il est plus facile de dire «après tout, nos grands-mères portaient des mantilles», de nier les tensions à l'école, à l'hôpital, dans les quartiers populaires, que de construire l'intégration d'un Islam de France, d'un Islam des Lumières. Il est plus facile de poursuivre les ambiguïtés de notre politique étrangère au Moyen Orient que d'instaurer une cohérence entre la lutte contre le djihadisme à l'extérieur et contre l'islamisme à l'intérieur. Sortir de ces dénis est une condition de la reconquête.
On ne luttera pas contre l'avancée de l'extrême droite dans toute l'Europe en mettant en œuvre les recettes qu'elle préconise. Ce n'est pas par la fermeture des frontières, l'immigration zéro, l'exaltation des racines chrétiennes de l'Europe qu'on pourra la contenir. C'est en répondant aux attentes populaires par une politique républicaine des flux migratoires: accueil sans condition et sans limite des bénéficiaires de l'asile politique ; mais accueil des migrants économiques dans la stricte limite de nos capacités d'emploi, de logement, d'équipements publics. Et respect de nos lois, de nos us et coutumes, et surtout du principe de laïcité. Chacun comprend que les défis des populations d'Afrique ne seront pas relevés par l'exil, mais par le développement: il serait temps de ne plus s'en tenir aux invocations mais de mettre le co-développement à l'ordre du jour d'une Eurafrique solidaire.
De même il faut oser affirmer que la gauche de gouvernement, dans sa majorité, a fait fausse route dans la conduite du projet européen. Elle s'est engouffrée dans le mythe européiste, substitution à ses ambitions de transformation sociale. Elle l'a tant épousé qu'elle s'est confondue avec lui. Et aujourd'hui, alors qu'il s'effondre, elle s'effondre avec lui. La monnaie unique était une construction politique mal bâtie ; les réalités économiques l'ont déformée pour en faire un outil de domination au service des économies les plus puissantes, ruinant les économies les plus fragiles. Le bilan des effondrements industriels français dus en grande partie à une monnaie inadaptée est sévère. Le tort causé par la mécanique institutionnelle de Bruxelles et le TSCE à la responsabilité des peuples et à la démocratie est immense. Certains ont tiré avantage de la situation. D'autres se sont laissés aller dans la facilité créée par une monnaie forte. Aujourd'hui, les gouvernements ne décident plus de l'essentiel. Ils se sont dessaisis au profit d'une Commission non élue. Il n'y aura pas de renouveau sans renégociation des traités européens et retour du peuple français aux devoirs de la responsabilité.
La France n'est pas une addition de communautés.
La cohésion civique est en péril. Il faut regarder la situation en face. Et prendre la mesure des responsabilités d'une certaine gauche. «Dans les années 70 et 80, encouragés par des professeurs d'université eux-mêmes inspirés par des penseurs français tels Foucault et Derrida, une nouvelle orientation disséminée sur les campus universitaires a rejeté des concepts aussi contraignants que la citoyenneté et le devoir. Elle mettait l'accent sur les revendications identitaires particulières, qu'il s'agisse de sexe, d'orientation sexuelle, d'appartenance ethnique, etc.» note l'écrivain britannique James Meek . «À gauche, une idéologie fétichise nos attachements individuels et de groupe et jette une ombre de suspicion sur toute évocation d'un «nous» démocratique et universel» fustige Mark Lilla en rendant les errements des progressistes responsables de l'élection de Trump . L'exaltation des différences, l'éloge du communautarisme, sapent la citoyenneté. Sur un océan d'individus déliés de liens civiques, l'argent règne sans partage. Les républicains de progrès doivent mesurer l'âpreté du combat idéologique à venir.
Reconquérir les couches populaires
La reconquête des couches populaires perdues est la priorité. Pour cela il faut présenter des choix clairs.
La France a un avenir. Elle n'est pas condamnée à disparaitre dans un magma européen dont personne ne veut sur notre continent. Elle a une identité, changeant à travers le temps, évolutive, capable d'intégrer les apports, mais parfaitement respectable. Les heures noires doivent être assumées, mais ne doivent pas éclipser les grandeurs: de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen à la réhabilitation de Dreyfus, de la Révolution française à la Résistance, de l'abolition de l'esclavage à celle de la peine de mort.
La citoyenneté met au-dessus des différences la commune appartenance. Et chacun peut articuler ses particularités et sa participation à la communauté nationale. Ce que Yascha Mounk nomme «patriotisme inclusif» s'appelle l'intégration républicaine. La France n'est pas une addition de communautés. Pour réussir l'intégration des nouveaux citoyens, ni la repentance ni la honte de soi ne sont de bonnes méthodes: il faut promouvoir l'égalité et le civisme, la citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs. Le respect de la laïcité, de nos us et coutumes, n'est pas négociable.
Pour donner un avenir à la France, il faut desserrer le carcan européen. Les traités doivent être révisés ; la monnaie unique doit devenir monnaie commune, capable de s'adapter aux rythmes économiques différents des États membres. Les odes aux États-Unis d'Europe et au fédéralisme glissent sur les couches populaires comme l'eau sur les plumes d'un canard. Il faut clairement s'opposer aux mythes européistes qui nous ont apporté chômage, désindustrialisation, mise en cause de la démocratie, effacement dans le monde.
Répondre au défi migratoire est indispensable.«Il faut pouvoir s'emparer de la question migratoire, sans quoi ce sont les nationalistes qui s'en chargeront» souligne Yascha Mounk. Les républicains progressistes doivent faire face aux inquiétudes populaires. L'immigration doit être régulée ; il n'y a pas de droit automatique à l'installation sur notre territoire. Une immigration maîtrisée est un atout ; une immigration sans règle est une aubaine pour l'extrême droite. Le droit d'asile est sacré ; il ne doit pas être détourné. Une pensée ferme, humaine et réaliste, est l'antidote aux démagogues, indispensable pour retrouver la confiance des milieux populaires.
Placer au centre la question sociale et économique
En ayant reconquis la confiance populaire, affectée aujourd'hui par la dérive européiste, la question migratoire, l'affaissement du civisme, nous serons en mesure de replacer les enjeux sociaux et économiques au cœur du débat. Ils sont aujourd'hui masqués par les enjeux sécuritaires ou identitaires. Faute d'y avoir apporté des réponses, partout dans le monde occidental, la gauche de gouvernement est chassée par des vagues d'extrême droite qui ne cachent pas pourtant leurs orientations très libérales en matière économique, avec des conséquences sociales très graves.
Nous pourrons, si nous avons regagné la confiance, placer la question de l'emploi, des revenus du travail, des protections sociales, mais aussi de l'industrie, de l'énergie, au centre du débat politique. Ces questions sont aujourd'hui évincées par les débats identitaires, environnementaux, les sujets de société. Ils passionnent les couches moyennes et supérieures. Mais pour les milieux modestes la priorité reste au travail et au revenu. Le service public est pour eux une garantie d'égalité à laquelle ils sont attachés. La pérennité des protections sociales est aussi décisive.
Desserrer le carcan européen est le préalable qui permettra d'investir massivement dans l'éducation, la recherche. Retrouver une marge de manœuvre monétaire est nécessaire pour conduire une politique fiscale plus juste appelant les plus fortunés à contribuer à l'effort commun. Si nous sommes crédibles dans la remise en cause des traités européens, nous pouvons proposer au pays cette politique nouvelle. Sinon, nous retomberons dans les vœux pieux et l'incantation verbale.
Les nouveaux enjeux économiques sont également déterminants. La mondialisation sans règle amène la domination des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple…) dans toutes les dimensions de la vie. Les centres-villes sont désertés par le petit commerce concurrencé par la vente en ligne, l'évasion fiscale est maximale et l'information, les médias, l'école sont bouleversés,. L'intelligence artificielle modifiera l'emploi futur: tout cela se décide sans nous. Peut-on reprendre la main sur notre destin sans maîtrise de ces nouveaux monopoles?
De même la protection de l'environnement, la limitation des émissions de gaz carbonique et de gaz à effet de serre, au lieu de culpabiliser les individus, doit mettre en cause le mode de production économique, la financiarisation de la production. Les républicains progressistes doivent éviter «l'écologie punitive» pour choisir le primat du bien commun s'imposant aux acteurs économiques et aux choix des politiques publiques (si la France émet 320 millions de tonnes de CO2, contre 760 en Allemagne et 5 120 aux USA, le choix de l'électricité nucléaire n'y est pas pour rien…). Il y a une vision républicaine de l'écologie, où l'intérêt général s'impose aux intérêts particuliers. Cette vision est préférable à la mise en accusation permanente des paysans, des chasseurs, des ruraux, ou des amateurs d'entrecôte.
Rassembler
Le rassemblement populaire excédera nécessairement les actuelles frontières de la gauche
Ce changement de cap exige un rassemblement populaire puissant. On ne renégociera pas les traités européens avec une courte majorité de 51 % des voix. Une majorité forte ne se construira pas par l'addition de forces dispersées, parfois devenues minuscules, affaiblies par la défaite sans précédent de 2017. Nos voisins espagnols de Podemos invitent à «construire un peuple» plutôt qu'à «reconstruire la gauche», à passer du parti de la gauche française au parti du peuple français autour «d'une idée de patrie radicalement progressiste et démocratique» selon la formule d'Inigo Errejon . Les républicains que nous sommes ne perdent pas de vue ces noces du mouvement ouvrier et de la nation évoquées par Jaurès. C'est la clé d'une union populaire majoritaire: reconquérir les couches populaires, disputer au néo-libéralisme les classes moyennes, isoler les milieux compradores (qui tirent profit de cette situation). Nous ne devons donc pas dévier de cet objectif, concéder quoi que ce soit aux thèses communautaristes, indigénistes, gauchistes ; nous ne devons jamais céder aux tentations de l'identitarisme mais tenir le cap de l'universalisme. Nous sommes attachés à l'État et à son rôle. Nous tenons l'actuelle Union européenne pour le chausse-pied du néo-libéralisme et avons toujours combattu ses illusions. Notre conception de l'action politique n'a jamais cédé aux facilités démagogiques, à l'animation du cirque médiatique. Y consentir n'amènerait rien de plus à ceux qui y sont passés maîtres, mais défigurerait notre tenace action passée.
Comment être utile aujourd'hui au rassemblement de demain? L'affaire ne se joue pas en quelques mois mais en plusieurs années. Ne sacrifions pas au court terme en nous noyant dans une nébuleuse ambiguë. La hâte rend aveugle. Notre seul atout est une certaine clairvoyance: ne le galvaudons pas. Le rassemblement populaire excédera nécessairement les actuelles frontières de la gauche: il prendra du temps et notre apport sera alors précieux. C'est ainsi que nous serons utiles.
Claude NICOLET
Ancien adjoint au Maire de Dunkerque
Ancien conseiller régional Nord Pas de Calais
Premier secrétaire de la fédération du Nord du MRC
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Voici ma dernière interview parue ce mardi 25 septembre 2018 dans l'Est éclair.
L'Est éclair : Notre pays est en train de traverser une crise majeure. Crise de la citoyenneté, crise sociale, crise identitaire et culturelle, crise de confiance, crise politique… La République est elle en danger selon vous ?
Claude Nicolet : C'est une crise multiforme et profonde que traverse notre pays. Elle vient de loin, c'est une source d'angoisse majeure pour nos concitoyens dont 80% sont inquiets pour l'avenir de nos enfants. Le modèle dans lequel on tient à tout prix à nous faire entrer, celui de la construction européenne d'inspiration néolibérale, en vidant les nations de leur souveraineté, détruit les imaginaires collectifs en les remplaçant par la concurrence généralisée de tous contre tous et de la financiarisation de l'économie qui détruit notre industrie et notre compétitivité. Ces crises sont dangereuses car elles touchent à l'essentiel: l'idée que nous nous faisons de nous même, en tant que peuple, que Nation. Je suis de ceux qui considèrent qu'il faut prendre avec beaucoup de sérieux les questions d'insécurité culturelle car c'est un moteur puissant sur lesquels prospèrent toute une série d'extrémistes de droite comme de gauche qui n'aiment pas la République. Cela dit, la République est solide, mais elle est mis à mal depuis longtemps. Les attentats ont montré que les Français y étaient fondamentalement attachés, ils ont fait preuve d'un sang froid remarquable que je salue. Mais incontestablement le socle républicain aujourd'hui est attaqué de toutes parts. Il faut le rebâtir. C'est le grand enjeu.
EE - L'année 2017 restera dans l'histoire comme la fin d'un partage du pouvoir entre deux grands partis politique libéraux et européens. Que cela vous inspire t-il ?
CN - Que les Français ont envoyé de nombreux messages avant d'en arriver là, notamment électoraux. 21 avril 2002, 29 mai 2005, Sarkozy battu en 2012, Hollande incapable de se représenter en 2017. C'est l'épuisement d'un système et surtout de politiques finalement proches l'une de l'autre au nom des "contraintes européennes" qui se sont considérablement renforcées avec la discipline austéritaire liée à l'euro qui fonctionne surtout au profit de l'Allemagne. Cet éclatement aurait pu être une chance pour le pays à condition d'être prêt à renverser la table, notamment au niveau européen et dans le dialogue à entamer immédiatement avec l'Allemagne. Ce ne fut pas le cas, mais au contraire un tour de vis budgétaire pour rentrer dans les clous des critères de Maastricht. Funeste erreur. Emmanuel Macron est désormais plus le symptôme d'une société malade que la possibilité de mettre en œuvre une véritable perspective politique pour le pays. Il se retrouve à la tête d'une "synthèse des centres" qui est d'ores et déjà aux abois. Le Nouveau monde est un leurre qui a déjà cessé d'exister. Le combat aujourd'hui, c'est la reconstruction du socle républicain. Je partage l'analyse de Chevènement, le "moment républicain" doit advenir, le véritable bouleversement est là.
EE - En début d'année, le MRC appelait à l'émergence d'une force politique nouvelle pouvant rassembler toutes les gauches ? La refondation républicaine que vous appelez de vos vœux passe t-elle toujours par cette ambition ?
CN - Ce sera à notre congrès (décembre 2018) d'en décider. La "gauche" est en très mauvais état. Elle ne sait plus qui elle est et pour le moment, où elle va. Représente t-elle un arc qui irait de Moscovici au NPA? Vous comprenez immédiatement l'ampleur du problème. Une multitude de clarifications sont nécessaires, sur des points cruciaux comme l'Union européenne, la laïcité, la question sociale, les services publics, l'énergie, la défense, les migrations, l'industrie, l'environnement...la tache est immense. A mes yeux, la question centrale est celle de la reconstruction du socle républicain et de la promesse qui l'accompagne. La société française est fracturée, divisée, la violence néolibérale produit des effets dévastateurs. Notre objectif n'est pas seulement de s'adresser à la gauche et de la refonder (ce qui est nécessaire), il faut surtout être à la hauteurs des défis auxquels nous sommes confrontés. Notre souci doit d'abord être celui de la France, des Français et de la République. Les petits calculs électoraux n'ont plus aucun avenir et sont désespérants.
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On peut essayer de mettre la mer dans une bouteille, on peut essayer de mettre le carnaval dans un musée, on peut aussi penser qu'on peut mettre la vie en équation...ça ne marche pas. L'idée d'un centre d'interprétation (pour faire moderne) du carnaval, sans aucune concertation avec les associations carnavalesques, sans aucune concertation avec la Confrérie des Tambours-Majors du carnaval de Dunkerque est pour le moins étrange et sent la précipitation. A vouloir aller trop vite on prend très souvent de mauvaises décisions.
Tout d'abord, est-ce que le carnaval "s'interprète", comme une langue étrangère? Non! Carnaval se pratique, il se vit. Chaque année quand revient la saison, en même temps que nous sortons nos clet'ches, nous accueillons, nous recevons des amis, des amis de nos enfants, venant de partout et que nous initions joyeusement au carnaval, moments d'échanges et de partages ou nous devenons toutes et tous les ambassadeurs de Dunkerque dont nous parlons avec passion. Communion populaire et vivante dans laquelle nous plongeons avec délice. Carnaval est partout où se trouve un carnavaleux. C’est une identité vivante, mouvante, évolutive. Est-ce trop demander que de nous la laisser ? De la laisser aux carnavaleux et aux associations? Lui donner un caractère officiel, institutionnel, voire même la tentation de "l'organiser" va à l'encontre de son essence même. On peut ne pas aimer le carnaval, c’est du libre choix de chacun, mais l’enfermer dans un musée, c’est le condamner. Le carnaval ne s’apprend pas. Il se sait, il se sent, il se transmet. Il se chante, il se parle, il se dit.
Il est composé de nous tous, personne n'y est indispensable mais tous y sont nécessaires et en font son caractère changeant à nul autre pareil. Les associations carnavalesques le font vivre au quotidien, avec dévouement, je dirais presque avec dévotion, gardiennes d'une tradition qui ne cesse d'évoluer au fil du temps. Elles assument une charge de travail colossale, en direction de la jeunesse, elles vont dans les écoles, animent les bals enfantins, transmettent les valeurs dans les classes, font ce travail depuis des années avec la Confrérie des Tambours-Majors.
Carnaval doit vivre, il évolue parce qu'il est vivant. C'est à chaque dunkerquois de le vivre comme il l'entend, comme il le comprend, comme il l'aime. Carnaval, inversion des valeurs et de l'ordre établi dans un musée, quel contresens ! Éloge de la liberté et de la caricature, il n'a pas vocation à devenir un produit officiel de développement touristique et de marketing territorial tellement à la mode. Et puis soyons grossier, parlons argent. Combien va nous coûter la remise en état des Bains dunkerquois ? Qu'il faille offrir un avenir aux "Bains dunkerquois" est une évidence et je m'en félicite mais n'oublions pas que cette dépense sera intégralement prise en charge par la collectivité, c’est-à-dire le contribuable, alors qu’il existait un magnifique projet de spa, porté par un investisseur privé en 2014 qui aurait créé entre 30 et 50 emplois. Pourquoi abandonner cette piste qui rendrait ce magnifique bâtiment à sa vocation originelle?
Fondamentalement, carnaval c'est l'école buissonnière, un Beuschke. Carnaval ce sont les chemins de traverses. Carnaval c'est une "embuscade" permanente. Carnaval c'est un arc-en-ciel qui se déploie indéfiniment. Carnaval c'est tout sauf un musée dont une autorité (dont on ignore tout) nous en donnerait la définition. Les Dunkerquois, à l'occasion de la polémique honteuse qui a été faite aux Noirs autour de leur bal, ont montré à quel point ils étaient hostiles à toute tentative de récupération politicienne de notre carnaval. Ils ont entièrement raison. La tentation de se servir de cet événement qui nous a tous choqué, pour utiliser le carnaval à d'autres fins serait une très mauvaise idée dont je crains qu'elle ne serve à cacher une manœuvre purement politicienne. Et si on tient à tout prix à ouvrir un nouveau musée à Dunkerque, je suggère avec enthousiasme qu'on s'intéresse d'abord à notre ancien musée des Beaux-arts et ses incroyables collections, représentant plus de trois siècles de notre patrimoine aujourd'hui réparties dans toute la France.
PS : Les membres de l’Internationale laïque du Picon bière, ne souhaite pas prendre part au débat, ils se refusent à émettre le moindre commentaire sur le sujet, mais restent disponibles pour en débattre dans la joie, la bonne humeur et la rigolade aux heures de l’apéro autour d’un verre Les initiés comprendront sans qu'il soit nécessaire de centre d'interprétation.
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La justice s'est prononcée, le "bal des Noirs" aura bien lieu à Dunkerque ce samedi 10 mars. Ce sera le 50ème anniversaire des "Noirs" une bande d'amis qui fait carnaval ensemble depuis un demi siècle. Une tradition, un ancrage, une réalité profonde en lien direct avec ce que nous sommes dans la vérité de ce qu'est carnaval pour les Dunkerquois.
Depuis quelques mois, des "associations" qui se disent antiracistes, prétendent, dénoncer le racisme qui serait intrinsèque à une telle manifestation. La réalité est bien plus simple. Elles souhaitent tout d'abord se faire une publicité à bon compte sur le dos du carnaval dont elles ignorent tout. Elles s'érigent ensuite en censeurs et en détentrices de la bonne conscience et surtout du politiquement correct dont elle se font les rédactrices au quotidien du moralement acceptable. Cette hypocrisie qui ne vise qu'à exercer une tutelle culpabilisatrice sur l'ensemble de la société française, s'attaque depuis quelque temps au carnaval de Dunkerque.
Nous ne serions que d'horribles racistes parce que certains d'entre-nous se déguisent en Noirs, de façon caricaturale. Mais la caricature c'est le propre du carnaval, la dérision fait partie de ses gênes, de son ADN. Carnaval se moque de tout et de tous...par définition. Il est insupportable d'assister à ces attaques en règle sur ce qui fonde une tradition. Qui plus est une tradition fondamentalement libératrice, celle du carnaval, qui s'autorise toutes les transgressions, toutes les aventures, toutes les libertés. Alors que carnaval est l'inversion des valeurs, le triomphe de la rue sur le pouvoir en place, des "associations" qui ne représentent rien, prétendent nous dire ou est le bien et le mal.
Elles parlent de "racisme d’État" parce qu'elles ont été déboutées (à juste titre) du référé visant à interdire le "bal des Noirs." Leur imbécillité est ici toute entièrement résumée. Qu'est-ce que l’État à à voir avec le carnaval? Nous n'aurions par ailleurs, fait aucun travail de mémoire sur l'esclavage? Mais enfin, le carnaval de Dunkerque est intimement lié à la pêche à Islande quand nos ancêtres s'en allaient pendant plus de six mois pêcher la morue. Beaucoup ne revenaient pas. Mais là n'est pas leur soucis. Que veulent fondamentalement ces "associations"? Une chose simple, plaquer sur notre histoire une grille de lecture qui ne correspond pas à ce que nous sommes mais qui correspond aux intérêts qui sont les leurs. Notamment vouloir à toute force relier chaque événement à la traite négrière, même si cela est faux, même au prix d'une reconstruction idéologique de l'histoire.
Elles nous parlent également de blackface. Un concept directement importé des États Unis d'Amérique mais qui ne correspond en rien à notre histoire et à la société française. Il est en outre reproché au bal des Noirs, d'être directement relié à une fantasmagorique image de l'esclavage dont ma bonne ville de Dunkerque n'aurait jamais fait le travail critique et historique. Parlons peu parlons bien, il s'agit ici, ni plus ni moins que d'une gigantesque volonté de culpabilisation de l'ensemble d'une population qui serait par définition coupable de ne pas avoir fait son mea-culpa vis à vis d'horribles trafiquants d'esclaves. Cette entreprise de culpabilisation à grande échelle est proprement insupportable et ne vise qu'à la promotion d'intérêts particuliers. Elle définit des populations entières comme étant par essence racistes, car n'ayant pas fait sur elle même le travail historique (forcément à charge) démontrant leur culpabilité voire leur participation dans un crime contre l'Humanité (l'esclavage). Il faut donc expier. Et bien évidemment, à ses associations de nous dire ce qui est historiquement correct.
Et bien NON. Nous n'avons rien à expier, nous n'avons rien à nous faire pardonner et sur ce point comme sur d'autres aux historiens de faire leur travail et d'arrêter cette concurrence mortifères des mémoires et leur instrumentalisation. Nous n'avons, au carnaval, que la fête en partage. Que la dérision et l'humour à offrir. Ces tentatives d'intimidation, sont profondément révélatrices de la période que nous vivons. D'affirmation agressive d'identités particulières et s'affrontant les unes aux autres. D'affirmation d'une société qui se veut multiculturelle et en réalité intolérante.
Ma bonne ville de Dunkerque serait "immonde" parce qu'elle ose se revêtir de ce que certain considère comme étant leur propriété exclusive (une couleur de peau dont ils seraient les seuls à pouvoir parler), voilà la véritable intolérance et la véritable escroquerie intellectuelle. Fondamentalement ils refusent l'Altérité, ils refusent l'universalité. Je suis un homme et quelque soit ma couleur de peau, je peux et je dois m'adresser à toute l'humanité. Je m'admets pas que seuls les Blancs puissent parler des Blancs. Que seuls les Noirs puissent parler des Noirs. Ces "associations" ne rendent aucun service, ni à la France, ni à la République. Ce n'est d'ailleurs pas leurs soucis. L’Égalité ne les intéressent pas. Le carnaval ne les intéressent pas. Il n'est qu'un prétexte, un faire-valoir, et qu'il faut donc, par leur truchement et grâce à elles, nous purger de cette perversité, de ce travers colonialiste toujours présent, qui est en fait au fondement de notre identité.
Il est évident que je n'accepte pas ce postulat qu'on prétend nous imposer. Car il ne faut pas se bercer d'illusion, cette attaque contre la carnaval de Dunkerque est en réalité une attaque contre "une certaine idée de la France" dans son fonctionnement anthropologique. Dans sa relation aux autres et dans l'idée qu'elle se fait d'elle même, de notre imaginaire. Cette polémique concernant le carnaval de Dunkerque n'est pas simplement un épiphénomène au sujet d'une manifestation qui se déroule au septentrion du pays, c'est une véritable remise en cause de ce que nous sommes collectivement. On nous demande de nous définir à partir des crimes que nous aurions nécessairement commis et dont nous devrions être responsables de toute éternité et à partir desquels nous devrions définir nos comportements. Évidemment c'est intolérable. En fait, il ne s'agit pas tant de s'attaquer au carnaval qu'à ce qui nous permet d'être encore une Nation et des éléments qui nous permettent encore de "faire France." Dunkerque avec son carnaval est plus que jamais Dunkerque la républicaine, pour tous ses enfants, quelque soit la couleur de notre peau.
Claude NICOLET
Carnavaleux dit "le Carrelet"
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Il est toujours salutaire de pouvoir faire "une pause", surtout quand l'agenda nous en laisse la possibilité. C'est le cas. Prochaines élections juin 2019 puis élections municipales (mars 2020). Enfin un peu de temps. C'est à la fois très loin et déjà proche. Nous sommes à ce moment particulier de "l'étale". Ce moment de calme et de sérénité où la marée est à l'arrêt. Le temps et les éléments s'immobilisent entre les forces de l'univers et nous offrent ce moment si particulier, la mer ni ne descend ni ne monte.
C'est le bon moment pour réfléchir, tenter d'analyser, de comprendre, peut-être engager le débat indispensable à toute vie démocratique voire même envisager des propositions.
Je me permets de parler clairement, avec précision et la plus grande honnêteté intellectuelle possible. J'ai passé l'âge depuis longtemps de trouver un intérêt quelconque aux petites combinaisons et aux petits calculs dans une petite cuisine, sur un petit réchaud. Il n'y a là que médiocrité et abrutissement. Cette médiocrité, cet abrutissement sont profondément néfastes car ils tuent sans pitié ce qu'il y a de mieux en vous. Si la vie politique à ses grandeurs elle a également ses petitesses, voire même ses indignités qui bien souvent désespèrent. On peut rapidement y perdre son "âme" c'est à dire ce qui fait fondamentalement la richesse d'un être humain. Si le "pouvoir" est dangereux, c'est tout d'abord parce qu'il assèche considérablement le cœur de celles et ceux qui l'approchent et qui l'exercent. Il faut tout faire pour résister à ce phénomène, car c'est d'abord ça qui coupe de la réalité, de la vie quotidienne, de notre environnement. Cela sous-entend une réflexion permanente sur soi-même et sur l'exercice du "pouvoir." Il faut refuser pour ne pas être en permanence rempli de soi-même, aveugler par sa propre personne, c'est le chemin le plus court vers l'arrogance et le mépris des autres. Une forme de barbarie.
Je ne cesse de réfléchir à ces questions et au chemin à tracer pour moi-même mais également pour et vis à vis des autres. Voilà des années que je réfléchis au sens à donner à l'action publique et à mes engagements divers et variés (politiques ou associatifs). Voilà des années que je réfléchis aux temps "nouveaux" dans lesquels nous serions entrés. Voilà maintenant des années que je rencontre, que je discute, que je consulte, que je cherche à comprendre. Je mets un point d'honneur à recueillir l'avis de toutes et de tous, de rester en permanence disponible et à l'écoute de mes concitoyens, quelles que soient leurs conditions, leurs fonctions, leurs statuts, leurs origines...J'avoue que ce n'est pas ce qu'il y a de plus difficile pour moi, j'aime ce contact. Direct, parfois rugueux, toujours utile et nécessaire. Comprendre, mesurer mais aussi être à la hauteur des enjeux et de l'imaginaire qui est le nôtre.
Incontestablement, nous vivons des temps troublés. Nos concitoyens, à Dunkerque comme ailleurs, se posent une multitude de questions. Emploi, logement, sécurité...nous connaissons tous cela. Mais le malaise ne s'arrête pas là. Il est bien plus profond. Il est lié également à des questions qui touchent à ce qui relèvent de l'idée qu'on se fait de soi-même, en tant qu'individu mais aussi en tant que peuple, que "collectif."
Evidemment ces questions ne peuvent être abordées sous l'angle "technique". Elles relèvent de l'imaginaire, du sentiment d'appartenance, de l'identité, de l'altérité et de ce qui nous relie au monde. C'est en réalité l'essence même de la politique. Ces différents aspects ont été abandonnés purement et simplement. Ou plus précisément une vaste entreprise de substitution est à l'œuvre depuis plus de trente ans pour remplacer notre imaginaire collectif issu en grande partie de la Révolution française mais aussi l'Ancien régime dans ce qu'il a fabriqué l'Etat, par une vision technico-financière fondée sur la rentabilité et la captation des richesses. Ce choc de dimension mondiale est une source considérable d'angoisse en particulier chez les "catégories populaires" grandes perdantes de ce combat où elles ont d'autant plus à perdre que les grandes organisations collectives sensées les représenter, soit ont disparu, soit se sont détournées d'elles en ayant d'autres objectifs politiques. Seules, elles se sentent -à juste titre-abandonnées.
C'est notamment l'une des raisons, qui devient essentielle à mes yeux, du nécessaire combat pour réhabiliter "le" politique". Moi aussi j'entends les discours sur le vieux et ne nouveau monde. J'entends le discours sur la fin du politique, sur la nécessité de "passer à autre chose", qu'il y a de bonnes idées partout, qu'il faut vivre avec son temps...oui, j'entends. Mais est-ce suffisant? Nous le savons, l'éthique républicaine est d'abord une exigence philosophique et politique. Au cœur de cette dernière, la promesse de l'Egalité qui est, c'est vrai, une passion française. L'exigence ensuite que nos dirigeants (à quelque niveau que ce soit) incarne ce rêve, cette promesse. Qu'il endosse le rôle et qu'ils fassent vivre cette éternelle espérance. L'Egalité, synthèse révolutionnaire et républicaine nous relie à l'Universel et à l'ensemble de l'Humanité. La France sans le monde n'est rien et ne peut se satisfaire d'elle - même. Elle est ainsi faite et nous en sommes les premiers acteurs, les héritiers et les continuateurs.
Combat d'abord idéologique et politique, la question est de savoir si les contradictions gigantesques qui existent aujourd'hui (captation des richesses par quelques-uns, poursuite de la pression sur les salaires, concurrences acharnées des travailleurs, des systèmes sociaux, des fiscalités...) pourront continuer à se développer sans mettre à un niveau de souffrance sociale intenable, les sociétés travaillées en profondeur par ces mécanismes. La France et les Français ont un problème de nature avec le modèle néo-libéral et financier. C'est un problème de forme et de fond quant à la nature même de notre identité. C'est notamment pour cette raison que l'adaptation du pays à ce nouveau modèle est ressentie avec une telle violence.
Il suffit de constater dans quelles conditions s'effectue cette "mise au pas" au niveau de nos territoires et le coût humain, social et économique qu'il représente. Au-delà du statut des cheminots et de la SNCF, l'un des enjeux du débat concerne en fait l'idée même d'aménagement du territoire et de l'idée qu'on se fait de ce dernier. L'adaptation de la France au nouveau modèle économique et social, porté avec ardeur et zèle par l'Union européenne est le grand débat auquel nous devons prendre part. Nos paysans ne s'y trompent pas en se battant contre la signature du MERCOSUR. L'ensemble des traités de libre-échange auront toujours le même résultat, la marchandisation de l'ensemble des échanges de quelques natures qu'ils soient. L'alliance du libre-échange et du goupillon se fera mais le second en réaction au premier sans oublier que le sabre pourra toujours remettre de "l'ordre" là où ce sera nécessaire.
Je suis ainsi fait, je ne peux me départir de ce type de réflexion. J'ai toujours considéré que la parole, en politique, était un acte fondateur, déterminant. Mais la parole doit être précieuse, précise, réfléchie. Elle doit participer évidemment du débat public mais surtout l'enrichir. Elle doit être en mesure de faire progresser et de s'adresser avec clarté à l'ensemble de nos concitoyens. Elle doit participer à nous "éclairer" collectivement. Qu'on l'a réduise à un discours des "experts", des "sachants" et cette indispensable alchimie qui doit nous relier et qui fabrique notre imaginaire collectif, se dissout aussi sûrement que dans l'acide. Comment dire à nos concitoyens qu'on les aime à coup de statistiques? Comment leur dire que ce que nous avons à faire ensemble va bien au-delà de l'énoncé d'une équation? Comment dire que le destin d'un peuple, d'une collectivité ne se résume pas à l'indice boursier où au tracé d'une route? Qu'une destinée collective s'inscrit dans une épaisseur historique issue du fond de l'histoire et que c'est cet imaginaire qu'il faut mobiliser pour trouver l'énergie sans cesse renouvelée qui nous permettra de poursuivre et de léguer à notre tour ?
Ces questions sont les miennes. Je ne suis pas le seul à être dans ce cas, je le sais. Mais elles sont une"balise", une boussole afin de m'aider à avancer et de tenter parfois de répondre aux sollicitations et aux interrogations de mes concitoyens de Dunkerque et de partout en France. Je suis convaincu que nous avons encore une multitude de choses à faire ensemble car la seule chose qui importe c'est d'être utile pour l'intérêt général.
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Il est probable que depuis quelques temps, la France traverse l'un de ces moments où apparaissent plus clairement les lignes de fractures que libèrent des forces trop longtemps contenues.
Ce n'est pas tant Macron qui a mis fin à "l'ancien monde" que ce dernier qui a pris congé, ayant mis un terme à son parcours historique.
L'élection d'Emmanuel Macron est révélatrice de ces phénomènes et son intelligence fut de comprendre le "moment" dans lequel nous sommes plongés. Il a compris que l'affirmation de l'explosion du clivage droite-gauche n'était pas de son fait, mais tout simplement la conséquence de la magnifique continuité, poursuivie avec constance et assiduité par les deux grands partis qui ont fait la vie politique de ces trente dernières années. En mettant globalement en œuvre des politiques publiques et surtout un discours sur la France qui se nourrissait de l’impuissance à "changer la vie" face aux forces de la mondialisation et de la globalisation financière, ils ont désespérément fait fuir leur électorat vers le Front national et dans l'abstention, provoquant du même coup leur inévitable épuisement. Ce n'est pas tant lui-même qui a mis fin à "l'ancien monde" que ce dernier qui a pris congé, ayant mis un terme à son parcours historique.
La perspective européenne, miraculeuse opportunité, a pu se substituer à la question sociale et la mondialisation se substituant à la question nationale, donc à celle de la souveraineté populaire, l'ancien monde a survécu, essayant de croire et de nous faire croire à toute force, au dépassement de ces deux éléments essentiels à la dialectique républicaine. Cette dialectique présente dès les origines et qui fonde la promesse républicaine et sa puissance. Il suffit de se replonger dans les grandes querelles de notre histoire issue de la Révolution française.
Cette croyance du dépassement de cette dialectique, au nom d'une modernité qui se travestissait sous les oripeaux du néolibéralisme, a permis de noyer dans un halo de moralisme et de bonnes intentions (l'Europe c'est la paix, les Nations c'est la guerre), la réalité de ce qui fait les relations internationales et qui exige donc la conscience de soi-même. Or "si je pense parce que je suis"; je ne suis également qu’à la condition de persévérer dans mon être." On m'excusera la facilité de l'image et la synthèse philosophique aléatoire, mais il y a des antagonismes qu'on ne peut résoudre facilement. Pas d'existence sans substance, pas de liberté sans volonté. Pas d'identité sans conscience de soi. Or la République est tout sauf un régime d'abandon et de tolérance. C'est une exigence qui ne peut se satisfaire "d'accommodements raisonnables." Ces derniers sont le poison destiné à la faire mourir, à en transformer lentement mais sûrement la nature même. C'est l'une des raisons profondes de l'angoisse existentielle des Français. Ils ressentent parfaitement qu'un projet, minoritaire pour le moment, se déploie dans notre pays visant à renverser l'idée républicaine. Une bonne partie des "élites mondialisés" n'y vois guère d'inconvénient pendant que le reste du pays se fracture au niveau social et territorial.
Nous savons tous aujourd'hui, que la question européenne joue un rôle essentiel dans cette situation. La nature de notre relation avec la construction européenne doit être totalement repensée.
La République sociale, laïque une et indivisible, consubstantielle à l'idée que nous nous faisons de la Nation n'est pas compatible avec ce qu'est devenue la construction européenne.
Il faut le dire simplement, la République sociale, laïque une et indivisible, consubstantielle à l'idée que nous nous faisons de la Nation n'est pas compatible avec ce qu'est devenue la construction européenne. Le Président Macron a bâti une partie de sa campagne sur la reconquête de la souveraineté nationale. Dans son discours de la Sorbonne il parle de "souveraineté européenne" mais sans la définir. Ce flou ne peut se poursuivre. Certes la crise allemande peut s'apparenter à une "ruse de l'histoire" mais ne saurait servir de viatique à la "renaissance française" à laquelle nous aspirons. Il faut surtout à mon sens parler de République et de vision de la France à partir de ce que nous sommes et de ce qui nous structure en tant que peuple. Nous ne devons pas concevoir notre redressement sur l'échec où l'abaissement de nos voisins ou partenaires, mais d'abord et avant tout à partir de nous-mêmes.
C'était le sens de la campagne présidentielle de Jean-Pierre Chevènement en 2002 et de sa formule, brocardée à l'époque parce qu’elle frappait juste, "la gauche a abandonné le peuple et la droite a abandonné la nation et au-dessus de la droite et de la gauche, il y a la République." Nous disions que nous nous adressions "aux républicains des deux rives." Il fallait surtout comprendre qu'au-delà de nos divergences au regard de ce qu'étaient devenues la droite et la gauche, nous avions le fleuve en partage, c'est à dire la République et la Nation. A l'heure de ces immenses difficultés, à l'heure de la structuration de nouveaux clivages, il est indispensable de réfléchir à ce que nous avons en commun, en partage. Ce "moment républicain" pour reprendre l'intitulé du dernier colloque de la fondation ResPublica est aujourd'hui nécessaire. Il est donc nécessaire de "refonder", mais surtout de se préoccuper de l'état du fleuve qui ne sait plus où il va.
Si le président Macron se contente d'une synthèse allant de Giscard à Strauss-Kahn, il ne sera sûrement un Louis-Philippe.
Nous avions tenté à l'époque et devant l'Histoire, la synthèse de Péguy, de Jaurès et de Clemenceau sans oublier de Gaulle. Nous pensions que cette hauteur de vue était indispensable face aux défis à relever. Je le pense encore. Si le président Macron se contente d'une synthèse allant de Giscard à Strauss-Kahn en pariant sur l'affaiblissement structurel du Front national, il ne sera certainement pas un Napoléon III, encore moins un Chevènement qui aurait réussi, mais plus sûrement un Louis-Philippe. Or, l'heure de la refondation républicaine est probablement venue et on mesure, quinze ans plus tard, à l'heure des communautarismes triomphants, des revendications religieuses, de la remise en cause de la laïcité, des ethno-régionalismes conquérants, de la désespérance de la France, de la chasse aux pauvres, aux chômeurs et de leur stigmatisation...on mesure à quel point cette vision que nous avons essayé de porter était juste. Incontestablement c'était une gageure, peut-être même un pari impossible. Que nous eussions réussi et le destin du pays en eut été probablement transformé alors qu'on commence à mesurer l'ampleur du "malheur français", l'état de relégation de la "France périphérique" et l'étendue de "l'insécurité culturelle".
Ce sont aujourd'hui des questions centrales, déterminantes qui se posent à nous. Sauf que cette perspective ne va pas sans contradictions toutes entières contenues dans la formule "en même temps", notamment sur la question nationale et sur la question sociale.
Ces contradictions doivent être l'objet d'un véritable débat car elles sont le résultat de ces trente dernières années. 1983 restant une date incontournable. Des réponses qui seront apportées à ces contradictions, dépendra notre avenir collectif, celui de la France et celui du peuple français en tant que nation. Il faut voir les choses de haut et nous placer en dynamique.
Il faut également dire que ces questions s'adressent à l'ensemble des forces politiques de notre pays. Les Français en ont assez des leçons de morale et ce n'est que par la mise en œuvre de perspectives politiques dignes de nous et de notre histoire, que nous parviendrons à reprendre le fil de notre destin et la main sur celui-ci. Parce que notre pays traverse une crise politique majeure où se synthétise une série de difficultés de première importance. Crise de la citoyenneté, crise sociale, crise identitaire et culturelle, crise de confiance dans ses institutions et ses élites, crise politique. Les fausses querelles qui ne sont plus qu'un théâtre d'ombre nous épuisent, nous exaspèrent, nous dépriment et nous condamnent à l'impuissance.
La crise du politique débouche inexorablement sur la crise de la République donc de la France.
La France ne peut exister qu'à la condition de se projeter dans un imaginaire qui participe de son identité même. La crise du politique débouche inexorablement sur la crise de la République donc de la France. La République étant cette forme et ce projet, si original, que le peuple français, dans son génie propre est parvenu à forger avec l'expérience si singulière qui est la sienne, de trouver une stabilité et une organisation sociale, politique et culturelle qui lui a permis de "faire descendre Dieu sur terre" afin de "faire France" après que nous eussions décidé que la souveraineté soit toute entière détenue par le peuple, lui-même composé des Citoyens. La remise en cause, chaque jour, de la souveraineté nationale et populaire mine également en profondeur la nature même de nos institutions et la confiance dans nos élus. A quoi tout cela sert-il puisque fondamentalement ils ne décident de rien ?
L'immensité des défis auxquels nous sommes confrontés doit nous amener à une réflexion de fond sur l'avenir de notre pays qui est confronté à de réels dangers. La menace extérieure et terroriste mais également la menace intérieure. Clairement une partie de la population est en marge voire en sécession sur des bases identitaires et parfois ethno-religieuses, les irrédentismes régionalistes sont à la manœuvre, la misère économique, sociale et culturelle dont "la France périphérique" est l'illustration, gangrènent le pacte républicain dont la promesse de liberté, d'égalité et de fraternité s’apparente aujourd'hui à une vaste tartuferie. C'est de tout cela dont il faut aujourd'hui parler avec nos concitoyens.
Claude NICOLET
Ancien adjoint au Maire de Dunkerque
Ancien conseiller régional Nord Pas de Calais
Premier secrétaire de la fédération du Nord du MRC